lundi 3 octobre 2022
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Puissance 3 !

À Monaco, L’été danse, et quelle danse ! Une troupe cohérente, au sommet de son talent, des chorégraphes majeurs de la scène actuelle : le Grimaldi Forum a offert une série de soirées de haut-vol

Rencontre entre passé et présent

Dans Claude Pascal, pièce créée en 2002 par le Nederlands Dans Theater, Jiri Kylian divise la troupe des danseurs en deux groupes. L’un semble évoquer en costumes des années 1890 (Puccini aurait servi de référence historique au chorégraphe, on ne peut que penser aussi au film de Visconti, Mort à Venise) une famille étrange aux attitudes qui se figent en instantanés photographiques. Ses membres s’adressent au public, utilisant raquette de tennis, éventail, balle, oscillent puis disparaissent derrière des panneaux mobiles. Comme si se refermait un livre d’images que broderait la musique de Puccini (extraits du Quatuor Crisantemi), laissant par trois fois place à un couple en tenue contemporaine de danse, qui, sur une composition de Dirk Haubrich, déploient une géométrie fluide et élégante, unissant perfection de la forme et sensualité. Les corps dessinent un nouvel alphabet aux lignes en épure, imbriquées en architectures complexes et fascinantes. Le chorégraphe veut cette œuvre comme une « méditation sur le temps, la vitesse et le vieillissement ainsi que sur l’impossibilité de comprendre de telles notions ». Les deux époques représentées sur scène sont ainsi figées dans leur esthétique, immuables dans leur moment, incapables de pressentir le suivant ou le précédent. Chaque temporalité se voit saisie dans son espace propre, chacune immortelle, farfelue et dadaïste. La seule réponse face à la fuite du temps reste l’art. 

Eco-danse ?

Dans Casi Casa, Mats Ek mêle ses pièces, Appartement et des fragments de Fluke. Des objets du quotidien, fauteuil, gazinière, aspirateurs (la séquence d’ensemble réunissant aspirateurs et danseurs est irrésistible) croisent les évolutions des interprètes, leur servent de cadre, de point d’appui, de prétexte, dans ce « Quasiment appartement » loufoque où l’émotion n’est pas absente. Le pas de deux de la Porte est tout simplement bouleversant, tandis que l’humour de la scène représentant un danseur avachi dans un large fauteuil devant une télévision donne à l’œuvre sa dimension farfelue. La verve des danseurs, aussi acrobates que maîtres de la grammaire classique, permet de passer de la plus délicate impression à la densité d’une palette colorée. De la virtuosité pure.

Rêveries sur pointes

Back on track 61 du directeur des Ballets monégasques lui-même, Jean-Christophe Maillot, unit la nostalgie du passé à la joie d’un présent sans cesse en mouvement sur le Concerto en sol de Maurice Ravel dans l’interprétation de Martha Argerich. Tempi endiablés, occupation classique de l’espace, diagonales, parallèles, clin d’œil aux formations traditionnelles, duos, trios, quatuors, ensembles réglés au millimètre, le tourbillon de la danse ne laisse pas de temps mort aux dix couples de danseurs. Attendant en fond de scène, perchés sur de hauts tabourets, les pieds nonchalamment posés sur une barre de danse, Bernice Coppieters et Asier Uriagereka, les « historiques » des Ballets, se livrent à un pas de deux qui efface toutes les manifestations virtuoses précédentes. Un bras qui s’élève, une main qui se déploie, une jambe tendue au-delà de la physique, le moindre mouvement poétise le monde, lui accorde un sens que l’on croyait oublié. L’abstraction s’incarne sous les pas de la danseuse. La beauté irradie la scène. Chacun en sort transformé.

MARYVONNE COLOMBANI

Joué du 14 au 17 juillet, au Grimaldi Forum, dans le cadre de L’été danse de Monte-Carlo.

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