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« Si seulement je pouvais hiberner », dans la chaleur des yourtes

Premier film de Mongolie sélectionné au Festival de Cannes, Zoljargal Purevdash nous embarque avec humanité dans un quartier défavorisé d’Oulan-Bator

On connait peu de réalisatrices mongoles : en 2006, Byambasuren Davaa avait réalisé Le Chien jaune de Mongolie et en 2011, Les Deux Chevaux de Gengis Khan, l’histoire de la quête de la chanteuse Urna Chahar-Tugchi pour trouver les origines d’une chanson. En 2023 à Cannes, pour la première fois, était sélectionné à Un Certain Regard un film mongol : Si seulement je pouvais hiberner, dela cinéaste et scénariste Zoljargal Purevdash. Un titre emprunté à un souhait d’Ulzii, un lycéen de 15 ans  d’un quartier défavorisé d’Oulan-Bator.

Ulzii vit avec sa mère, illettrée et alcoolique, et ses frères et sœur, dans une yourte, à la périphérie de la ville où se sont installés beaucoup de réfugiés économiques. Ils ont été obligés de quitter leur campagne natale pour venir chercher du travail, ce qui est loin d’être facile. Il fait très froid, parfois jusqu’à moins 35 degrés, et dans ce quartier, on se chauffe en brulant du charbon quand on peut le payer, sinon de vieilles planches qu’on récupère. Dans leur yourte, la mère et ses quatre enfants ont froid et faim ; les disputes sont fréquentes entre l’adolescent et sa mère que l’alcool abrutit. Mais Ulzii tient le coup : il va au lycée à la ville, une des plus polluées au monde ; son professeur a repéré ses capacités en physique et lui propose de passer un concours, très couteux pour lui, ce qui lui permettrait d’obtenir une bourse pour poursuivre ses études. Il doit trouver l’argent pour s’y inscrire ; il s’épuise au travail, s’endormant parfois en cours, et va jusqu’à rejoindre un groupe d’hommes qui font des coupes de bois illégales. Il y a des jours où il aimerait hiberner !

District Yourte

La caméra le suit partout, filmant  les gestes du travail, les moments de complicité et de jeux avec ses frères et sœur, sa colère quand la mère décide de repartir à la campagne avec un seul des enfants le laissant s’occuper des deux autres. On partage son inquiétude quand son petit frère tombe gravement malade mais aussi ses moments de détente quand il retrouve ses copains, buvant, dansant comme tous les adolescents du monde. On le suit jusqu’au concours national qui se déroule à la campagne, loin de sa yourte. On aurait envie de l’aider et le regard caméra qu’il nous adresse au moment des résultats nous émeut aux larmes.

Zoljargal Purevdash a elle-même vécu dans le district des yourtes après le divorce de ses parents. Adolescente, elle détestait ce quartier auquel elle est attachée aujourd’hui. Elle veut soutenir sa communauté, tenue responsable de la pollution due au chauffage au charbon : « À travers ce film, je voulais montrer que quand on respire cet air pollué, ce qu’on respire, c’est la pauvreté de nos frères et sœurs. » Elle se reconnait dans le personnage de cet adolescent à qui elle a donné ses propres rêves, ayant découvert comme lui que la solution était l’éducation. « J’ai toujours adoré regarder des films, mais je n’avais jamais osé me projeter dans le métier de réalisatrice. Plus tard, j’ai eu une bourse complète pour faire du cinéma au Japon. Quand j’ai vu que tous les scénarios que j’écrivais se passaient en Mongolie, il était clair que je reviendrais travailler ici. » Et c’est réussi !

ANNIE GAVA

Si seulement je pouvais hiberner, de Zoljargal Purevdash
En salles le 10 janvier

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