mercredi 28 février 2024
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Scrapper, prendre la bonne roue

Charlotte Regan met de la couleur au drame social dans un « coming-of-age » tendre et attachant

Sur le carton qui ouvre Scrapper, le premier long métrage de Charlotte Regan, on lit le vieil adage : « Il faut un village pour élever un enfant », aussitôt barré d’un trait et remplacé par un « je me débrouille très bien toute seule » manuscrit. Géorgie (Lola Campbell) a 12 ans, vient de perdre sa mère et ne sait plus trop où elle en est sur le parcours en cinq étapes du deuil : Déni, Colère, Marchandage, Dépression, Acceptation. Elle semble aller de l’un à l’autre. Elle a la maturité que donnent le malheur et la précarité, et les rêves têtus de l’enfance qui croit à l’impossible. Ce sont les vacances d’été. Pour éviter un placement par les services sociaux, elle s’invente un oncle que personne ne voit, qui serait venu s’occuper d’elle et dont le nom inventé de Winston Churchill n’étonne personne. Elle entretient sa maison, paie le loyer grâce aux vols de vélos qu’elle opère avec son copain Ali (Alin Uzun) plus âgé qu’elle. Drôle de binôme, ces deux-là, inséparables complices. Géorgie est une « scrapper » – en argot londonien une fonceuse, une bagarreuse. Dans sa vie bricolée et précaire va faire irruption le peroxydé Jason (Harris Dickinson), son père biologique qu’elle n’a jamais vu, pas vraiment plus adulte qu’elle. L’un et l’autre vont apprendre à se connaître. Géorgie fera grandir Jason et Jason redonnera une part d’enfance à Géorgie.

Un récit joyeux et ludique

Rien de bien original dans ce pitch. Un drame social à la Ken Loach – que la réalisatrice admire. Une communauté ouvrière où tout le monde se connaît, la banlieue londonienne avec ses petites maisons serrées les unes contre les autres, les jardins étroits, la voie ferrée et la campagne pas loin, un pont qui enjambe les routes qui mènent ailleurs, les mômes qui trainent seuls, jouent au foot, chapardent. Un décor qui pourrait être gris mais que Charlotte Regan et sa directrice photo – la réalisatrice du récent How to have sex, Molly Manning Walker, poudrent de lumière et acidulent de rose, jaune, vert, violet. Les personnages ne seront pas définis par leur statut social, le point de vue décalé de Géorgie fait exploser un potentiel carcan naturaliste. Au récit joyeux et ludique des retrouvailles père-fille, s’intercalent des témoignages sur Géorgie, face caméra, façon documentaire, mais qui tourneraient au chœur antique commentant les actes de la fillette : ses camarades assises dans l’herbe trop verte, maquillées, robes roses et paillettes, un trio de jeunes ados Noirs façon comédie musicale sur leurs vélos jaune vif, la fourgue du trafic de bicyclettes, un enseignant peu canonique et un couple d’adultes « responsables » pas très futés. Les araignées de la maison au nom prestigieux de Napoléon ou d’Alexandre le Grand dialoguent style cartoon.

Dans le rôle principal, la jeune Lola Campbell dont c’est la première apparition à l’écran, est formidable de naturel. Après Aftersun de Charlotte Wells sorti l’an dernier et dont on l’a rapproché, Scrapper, qui vient de remporter à Sundance le Grand Prix du Jury dans la catégorie World Cinéma Dramatic, témoigne du talent des jeunes réalisatrices britanniques.

ÉLISE PADOVANI

Scrapper, de Charlotte Regan

Copyright @Scrapper Films Ltd

En salles le 10 janvier

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