vendredi 27 janvier 2023
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Sid’amour à mort

Dans « Les Enfants endormis », Anthony Passeron mêle l’histoire du sida à son propre récit familial. Un premier roman comme un coup de maître. Indispensable

Le 16 septembre 1987, lors de son premier passage au Châtelet, Barbara présente ainsi un nouveau morceau : « ça c’est une chanson que j’aurais vraiment aimé ne pas avoir écrite ». Appliqué à son premier roman, Anthony Passeron pourrait s’approprier cette phrase plutôt deux fois qu’une. Et pourtant. Il fallait bien ce livre pour revenir sur l’apparition du sida au début des années 80, retracer les étapes de la lutte, les hésitations, les fausses pistes, les rivalités parfois stériles entre chercheurs états-uniens et français co-découvreurs du VIH (ou du HIV), l’incompréhension (voire l’incompétence) des autorités politiques, mais aussi les avancées déterminantes réalisées par l’Institut Pasteur, les centres de recherches d’Atlanta et de la Pitié-Salpêtrière. Mais ce qui rend ce roman d’autant plus indispensable réside ailleurs : dans l’enquête menée quarante ans plus tard par le neveu d’une des victimes.

Grâce à ce livre, le sida n’est plus seulement la maladie des grandes villes, nous changeons d’échelle, il touche aussi le monde rural. Il n’est pas uniquement non plus ce « cancer gay », tel que le titrait le journal Libération, il touche aussi les toxicomanes comme cet oncle, les femmes comme cette tante. Ou encore les enfants comme cette cousine qui n’a pas encore le temps de connaître son orientation sexuelle, de devenir toxicomane et d’apprendre ce qu’est le sida.

Grâce à ce livre, on ne meurt plus seul, toute la famille, puis tout un village sont concernés. Et parmi ces « victimes », la plus belle, si l’on peut dire, est sans doute cette grand-mère. Finie l’autofiction, comme chez Guibert, Lagarce et Dustan. Désormais c’est par la troisième personne que surgissent de l’anonymat un oncle et ses proches, seuls et démunis dans une époque où le sida est une maladie honteuse.

Comment ne pas être happé par ce rythme soutenu d’écriture qui nous fait passer tour à tour des centres médicaux des grandes métropoles du monde aux petits commerces de l’arrière-pays niçois. Comment ne pas être bouleversé par ce qui se joue de capital dans ce roman : l’acte de vengeance aussi bien que d’amour d’un enfant donnant aux deux générations précédentes la place et la lumière qu’elles n’ont jamais eues.

KÉVIN BERNARD

Les Enfants endormis, d’Anthony Passeron
Globe, 20€
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