mercredi 30 novembre 2022
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« Supprimer n’est pas une option »

Pas de festivals en juillet 2024 en raison des Jeux olympiques ? Si l’annonce du ministre de l’Intérieur a suscité une vague d’émoi, la Région Sud a répondu avec un plan de soutien aux structures concernées. Entretien avec son président Renaud Muselier

Gérald Darmanin a embrasé le monde de la culture en voulant supprimer les grands festivals en 2024, pour cause d’effectif de police insuffisant. Le monde culturel sait qu’il ne se remettrait pas d’une annulation de plus, pas plus que les villes, olympiques ou non, qui ont besoin d’animer leurs étés. Renaud Muselier, président de la Région Sud, a aussitôt annoncé son soutien aux grands, et aux petits, événements d’été, par des mesures très concrètes qui accompagneront leur mise en sécurité. 

Zébuline. L’annonce du Gouvernement d’une possible annulation des grands festivals en 2024 bouleverse le monde culturel, qui se voit confronté une fois de plus au fait de ne pas être perçu comme « essentiel ». Que pensez-vous de cette annonce ?

Renaud Muselier. Cette annonce faite par le ministre de l’Intérieur au sujet d’un secteur particulièrement sensible est pour le moins maladroite. Elle repose pourtant sur un constat juste : la sécurité de nos concitoyens sera très difficile à assurer partout, dans une période de forte mobilisation des forces de police et de gendarmerie pour un événement qui n’est pas seulement parisien mais dont la résonance est mondiale. Il ne peut être question de fragiliser le pays en multipliant des occasions de rassemblement sans certitude de pouvoir les organiser avec toutes les précautions nécessaires.

« La France est à la fois une nation de sport et de culture »

Je sais que le président de la République et le Gouvernement sont à la recherche des meilleures solutions possibles. En Région Sud, cela se pose particulièrement puisque nous accueillerons des épreuves à Nice et Marseille qui vont, elles aussi, nécessiter une vigilance particulière. Pour autant, on ne peut passer par pertes et profits tout un pan d’activité qui mobilise des artistes, des techniciens, des organisateurs et, surtout, des publics nombreux qui pour beaucoup auront tout autant de plaisir à suivre les épreuves olympiques qu’à assister à des spectacles. C’est à l’État et aux collectivités de trouver comment additionner. Supprimer n’est pas une option.

Vous annoncez une aide exceptionnelle de deux millions d’euros pour garantir la tenue des festivals, et vous précisez que celle-ci ne sera pas imputée sur le budget culture, mais sur le budget sécurité de la Région. Est-ce que cela sera suffisant, à votre sens, pour que les grands festivals aient lieu sans l’aval et le soutien de l’État ?

Les grands festivals ne sont pas financés par le seul État. La plupart existent grâce à l’engagement croisé du ministère de la Culture et de l’ensemble des collectivités territoriales. D’autres sont mêmes d’initiative très majoritairement privée. Nous avons donc besoin de tout le monde pour réussir le pari du maintien des festivals d’été qui est un signe envoyé au monde entier que la France est à la fois une nation de sport et de culture, comme le souhaitait d’ailleurs Pierre de Coubertin. Ces deux millions d’euros du fonds « Région Sud, une région sûre » sont le geste que je fais au titre de ma collectivité pour rappeler mon engagement en faveur de la vie artistique et culturelle. En prélevant des moyens sur un budget sécurité, je renforce les événements culturels. Si cela ne suffit pas, je compte sur d’autres apports de l’État et des collectivités. Je sais aussi que les festivals, en particulier Avignon, essayent de trouver par eux-mêmes des solutions, notamment en modifiant leur calendrier. Je suis donc confiant et je reste pleinement mobilisé.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR SUZANNE CANESSA

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