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« Sur L’ Adamant », un doc en or

La caméra de Nicolas Philibert suit les activités d’un centre psychiatrique de jour qui offre à ses patients un cadre chaleureux et atypique. Un documentaire éclairant, salué d’un Ours d’or à la dernière Berlinale

Un homme chante La bombe humaine de Téléphone. « Je vois à l’intérieur des images, des couleurs / Qui ne sont pas à moi qui parfois me font peur. Sensations qui peuvent me rendre fou. » Et bien, pour ceux qui parfois ont ces sensations, il y a un lieu, un bâtiment flottant, sur la Seine, quai de la Rapée qui les accueille. Un bel endroit aux boiseries chaudes, aux nombreuses fenêtres ouvrant sur le fleuve. Un centre de jour qui fait partie du pôle psychiatrique Paris centre, un lieu vivant, atypique, dans lequel s’est immergé Nicolas Philibert durant plusieurs mois. Et 27 ans après avoir tourné à la clinique de La Borde La moindre des choses, il nous fait partager dans son nouveau documentaire, Sur l’Adamant, le quotidien de patients et de soignants sans blouse blanche, ni seringue à la main qu’on a parfois du mal à distinguer… remettant en cause nos clichés.

Chanson bulgare et Axel Bauer

Ensemble, ils élaborent un ordre du jour, accueillent les nouveaux, élaborent le projet d’un festival de cinéma, proposent des sujets de discussion. Ensemble, on commente les dessins de l’atelier de peinture, on glane dans des poubelles des fruits qui deviendront des confitures dans l’atelier cuisine… Sur la Seine, voguent les péniches. Une dame confie combien ses amis lui manquent, une autre regrette de ne pouvoir récupérer sa fille placée en famille d’accueil. Une femme bulgare fredonne doucement une chanson de son pays, les larmes aux yeux. Un homme, au piano chante Personne n’est parfait (d’Axel Bauer). Un autre parle de ses réincarnations et de sa grande histoire d’amour de 2017, de son écriture dictée par son inconscient. Certains interpellent gentiment Nicolas et Éric, son assistant, une belle preuve de confiance. Certains avouent leur peur, l’un des gens qui font du bruit, un autre des regards qu’il croise dans la rue… Un lieu qui expérimente, qui prend des risques, qu’il faut montrer à une époque où la situation de la psychiatrie publique s’est considérablement dégradée.

« J’ai toujours été très attentif et très attaché  au monde de la psychiatrie. Un monde à la fois dérangeant et j’ose le dire comme ça, très stimulant : il nous donne constamment à réfléchir sur nous-mêmes, sur nos limites, nos failles, sur la marche du monde. La psychiatrie est une loupe, un miroir grossissant qui en dit long sur notre humanité. Pour un cinéaste c’est un champ inépuisable », explique le réalisateur.  Sur l’Adamant, se termine sur un très beau plan du bâtiment dans le brouillard, « une sorte d’éloge du flou. Un brouillage des contours. Sous-entendu : de cette sacro-sainte normalité. » Le film est le premier volet d’un triptyque. À suivre donc…

ANNIE GAVA

Sur l’Adamant, de Nicolas Philibert
Sorti 19 avril

Ce film a remporté l’Ours d’or à la Berlinale 2023, qui s’est tenue du 16 au 26 février 2023 à Berlin.

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