lundi 3 octobre 2022
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Tempête poétique

Le flow radical et littéraire de Kae Tempest a emporté la cour d’honneur du Palais des papes lors d’une soirée de clôture exaltante d’introspection

C’est l’une des clôtures de l’histoire récente du Festival d’Avignon les plus audacieuses. Si ce n’est LA proposition de la 76e édition la plus osée. Le dernier cadeau du directeur Olivier Py – qui quelques heures plus tôt à l’Opéra prenait les traits de son double Miss Knife – est une tornade poétique. Une tempête venue du Sud-Est de Londres : Kae Tempest. Iel est l’invité·e final·e d’une cuvée festivalière 2022 que beaucoup estiment morne et sans relief. Pas en ce 26 juillet, quand, aux alentours de 22 heures, la cour d’honneur du Palais des papes devient l’écrin d’une poésie à la modernité saisissante. Qu’elle soit chantée ou énoncée. Version scénique de l’album éponyme (et le plus abouti) paru en avril dernier, The Line Is a Curve (La ligne est une courbe) est le nouveau manifeste de l’artiste non-binaire qui, en 2020, retira le t de son prénom. L’ex-Kate Tempest rayonne. Et pas seulement parce qu’iel a coupé ses cheveux bouclés. Mais bien parce qu’iel est apaisé·e. La poétesse slameuse des années 2010, référence en matière de spoken word, dont le mal-être transpirait sur scène autant que dans ses textes s’est libérée du poids des genres et des triturations de l’esprit. Ses sourires auparavant si rares et la lumière dans ses yeux, d’habitude souvent baissés, savourant l’acclamation d’une cour d’honneur rapidement debout pour danser ne trompent pas.
Une sommation à être soi
Il y a une chose qui ne change pas chez Tempest : ses mots débités par rafales millimétrées, d’une voix et d’un ton si naturels et investis qu’aucun doute n’est permis sur leur sincérité. Ni sur leur origine : les tripes. Accompagné·e aux claviers par la multi-instrumentiste Hinako Omori, Kae Tempest ouvre son récital, recontextualisé pour Avignon, par des textes écrits il y a plusieurs années, sans habillage musical. Ceux-là seront traduits et sur-titrés. Pas les chansons qui suivront. « Ce n’est pas grave si vous ne comprenez pas. Ressentez », rassure l’auteur·trice, intimant à sa manière le conseil de se laisser porter et emporter. Fragilité et radicalité. Courage et vulnérabilité. Douceur et violence. Les vers de Kae Tempest sont faits de cycles. Voyage sinuant entre différents états émotionnels, The Line Is a Curve est une sommation à être soi. Que le chemin de l’émancipation passe par les luttes sociales et politiques (« C’est en train de se passer / Mon pays se divise / Tout est en train de tourner / A la farce grossière / Était-ce un moment historique décisif / Sur lequel nous venons juste de trébucher ? ») ou une quête salutaire d’identité (« Trop longtemps debout / Maintenant tu veux être / Libre / De la contrainte qui a été faite en ton nom. »), il changera celui ou celle qui l’emprunte jusqu’à la société entière.

LUDOVIC TOMAS

Kae Tempest a joué The Line is A Curve le 26 juillet dans la cour d’honneur du Palais des papes, en clôture du Festival d’Avignon.

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