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Thomas Azuélos : un retour flamboyant 

Après plusieurs albums documentaires, l’auteur marseillais se réessaie à la fiction dans son nouvel ouvrage Toute la beauté du monde

C’est une histoire longuement mûrie. Un conte labyrinthique à la croisée des mondes, au titre et à la couverture en trompe-l’œil. Dans Toute la beauté du monde, il y a d’abord un lieu : Cerbère. Un port, une gare, frontières entre l’Espagne et la France. Et à Cerbère, un hôtel à l’allure de paquebot, dressant sa proue entre ciel et mer. Un hôtel désormais décrépit, qui ressemble à une scène de théâtre. Ces espaces de bout du monde, Thomas Azuélos les a longtemps arpentés, photographiés, croqués.

Et puis il y a une date : 1939. La République espagnole est morte, les franquistes pourchassent les républicains, les réfugiés affluent ; c’est la « retirada ». De l’autre côté de la frontière, certains fuient aussi, les lois antisémites, l’ordre nazi qui commence à s’étendre sur toute l’Europe. Un moment historique critique, des lieux propices aux croisements, aux rencontres, aux chocs. De quoi alimenter une intrigue forte… que le bédéiste marseillais a mis plusieurs années à peaufiner, tant il avait à cœur de faire vivre les nombreux personnages qui la peuplent.

L’espoir renaît
Dans cet album inspiré se croisent les transbordeuses d’oranges (dont Thomas Azuélos a déjà évoqué les luttes mémorables dans une BD documentaire parue dans la revue féministe La Déferlante), des républicains et des franquistes, un cuisinier catalan, un peintre fou, Walter Benjamin, des sbires staliniens et de jeunes femmes qui n’ont pas peur de prendre des risques… On y parle russe, allemand, espagnol, catalan. Azuélos prend des libertés – assumées – avec l’Histoire et n’hésite pas à enrichir le récit d’éléments merveilleux. Un conte donc. Dont le personnage de la Mousseigne, si proche des sorcières et des prophétesses de légendes, est révélateur. Et dont le graphisme épuré, aux tons doux, tout en aquarelles et encre de Chine, exprime la certitude que quelque part se niche « toute la beauté du monde ». Comme un contrepoint lumineux aux soubresauts les plus violents de l’histoire récente.

Il faut accepter de se perdre dans un scénario complexe, déroutant parfois ; accepter de sortir des sentiers battus de la narration réaliste ; accepter les histoires dans l’histoire et les plongées inattendues dans le surnaturel. Alors éclot la beauté ; alors renaît l’espoir. Malgré tout.

FRED ROBERT

Toute la beauté du monde, de Thomas Azuélos (texte et dessins)
Futuropolis - 25 €

À lire également
La révolte des orangères, un documentaire de seize pages paru dans la revue La Déferlante n°3 (septembre 2021)

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