mercredi 21 février 2024
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Tout pour sa mère

Lisette Lombé propose dans Eunice un texte à la recherche de la vérité, née du trouble causé par la disparition d’une mère.

Le court roman de Lisette Lombé, écrit presque entièrement à la deuxième personne, « tu », happe la lecture, par un thème ancré dans son temps : le questionnement du binarisme de genre. Mais il y parvient surtout par son rythme d’écriture, comme si la prose advenait directement de la pensée de l’écrivaine-narratrice, au plus près de sa naissance. Elle intègre l’ensemble dans une tranche de vie, une pliure biographique, à la fois douloureuse, mystérieuse et amoureuse : la perte de sa mère et sa rencontre avec Jennah. Le pronom « tu » est souvent redoublé, tel un signe de ponctuation, par le prénom du personnage, celui qui donne son titre au roman : Eunice. L’écriture est comme directement attachée au vivant, au corps. La prose respire en même temps que le personnage, l’écrit se parant de toute la chair concrète de l’oral.

Entre le polar et les genres
Les conventions du polar affleurent çà et là, dans le récit, car, pour Eunice, la mort de sa mère constitue un non-sens, une anomalie. Occasion pour elle de questionner le passé afin de percer ou mettre à jour les secrets familiaux, connaitre vraiment la femme qu’était sa mère, nouer une relation plus vraie avec son père, donner sa vraie place à sa tante Malou, accueillir, enfin, une relation amoureuse véritable.
Le texte, à travers cette quête de vérité, est fragmenté dans sa structure même : trois parties divisées en courts chapitres. Mais il l’est également à l’échelle de l’écriture, par l’insertion de listes de phrases et de mots, par lesquels Eunice slame pour elle-même, comme pour se donner du courage et avancer. Ils sont majoritairement conjugués à l’infinitif et c’est à partir de cette neutralité qu’elle décrit la réalité du désir, tel qu’il s’empare du corps, du sien et de l’autre. S’il est saisi par des mots crus, c’est moins pour leur trivialité, que pour leur force expressive, leur énergie vitale. « La petite fabrique à assonances et à allitérations cachée quelque part dans ton bide va se mettre en branle, les images commencent à t’assaillir. » Eunice découvre, par Jennah, au sein d’un atelier d’écriture-femme, la pratique poétique du slam : elle se découvre, alors, dans sa vérité.

Eunice de Lisette Lombé
Seuil - 18 €

FLORENCE LETHURGEZ

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