mercredi 21 février 2024
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Baal, la danse de l’amour

Mettre en corps et en mots la déconstruction du patriarcat est le défi mené avec virtuosité par Groupe Noces, la compagnie montpelliéraine de la chorégraphe Florence Bernad

Souvent, les mots prennent corps avant de prendre sens. C’est ainsi que Baal débute par une danse dont on se demande si elle est martiale ou harmonieuse, interprétée par un virevoltant quintet de danseurs-acrobates. Viennent les mots. Des mots d’hommes qui parlent des femmes comme on aimerait en entendre plus souvent : « Je serai l’homme qui porte la femme qui traverse le plafond de verre ». Il est question de partage, de soutien, d’entraide… La danse, elle, est toujours là, fluide et intense. Arrive un groupe de femmes. Certaines veulent prendre la parole. Que nenni. Ces hommes, ceux-là même qui nous ont charmés de leurs belles paroles d’équité les en empêchent, faisant ressurgir les ombres trop vivaces du patriarcat. Les mots parlent maintenant de violence, sociale comme sexuelle, de rapports de force, d’éducation sexiste, d’homophobie… Malgré tout, pas à pas, de moins en moins impressionnées par les acrobaties masculines, les femmes s’affirment, commencent à donner de la voix. D’abord faible, leur voix s’étoffe, se transforme en chant, en hymne de résilience. La parole se libère en même temps que les corps se redressent et que la déconstruction opère. Pacifique, la colère gronde.

#MeToo et le monde de demain

Comme à chacune des représentations de Baal, créé en 2022, la chorégraphe Florence Bernad travaille avec un groupe d’amatrices, ici venues de Sète et Montpellier, ce qui lui donne l’occasion de travailler en profondeur sur l’égalité femmes-hommes, le féminisme, la toute-puissance des schéma patriarcaux. Des thématiques au cœur même du travail de la fondatrice de la compagnie montpelliéraine Groupe Noces. Pour ce spectacle, Florence Bernad s’est inspirée d’une tribune de Leïla Slimani parue dans le quotidien Libération en 2018 suite au mouvement #MeToo et intitulée « un porc, tu nais ? ». L’écrivain y souhaitait pour sa fille « un monde plus juste, où l’espace de l’amour, de la jouissance, des jeux de la séduction, ne seront que plus beaux et plus amples ». Dans ce spectacle, c’est bien l’amour qui vient rétablir la parité, celui de la danse, de la liberté, de l’écoute, du partage. Une fois que les mots ont été dits, dont on espère qu’ils ont été entendus, les corps se mettent en mouvement et se libèrent, hommes et femmes, ensemble. Un bel hommage à la grande chorégraphe Pina Bausch, laquelle disait, visionnaire : « Dansons, sinon nous sommes perdus ». 

ALICE ROLLAND

Baal du Groupe Noces était accueilli le 18 novembre dans le cadre de Temps de Cirques au Théâtre Molière Sète, Scène Nationale
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