vendredi 27 janvier 2023
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Un ciné-club Méditerranée 

À la mairie des 1er et 7e arrondissements de Marseille, à la bibliothèque de l’Alcazar ou au Mucem, le Primed déploie sa 26e édition du 5 au 10 décembre

Organisé par le Centre méditerranéen de la communication audiovisuelle (CMCA), et soutenu depuis toujours par la Région Sud, le Primed offre – au sens propre du terme, puisque toutes les séances sont gratuites – trente heures de projections publiques et dix-huit séances en présence des réalisateurs·trices.

Sur les 427 productions audiovisuelles envoyées, 22 films ont été retenus (dont la moitié, signées par des femmes) et sont projetés dans plusieurs lieux de Marseille, comme le Mucem ou la bibliothèque de l’Alcazar. Ces films concourent dans six sélections : « Enjeux méditerranéens », « Mémoire de la Méditerranée », « Art, patrimoine et culture de la Méditerranée », « Première œuvre », « Prix des jeunes de la Méditerranée » et « Court méditerranéen ». Onze prix seront décernés lors de la cérémonie de clôture à l’Artplexe, le 9 décembre, dont quatre par le jury présidé par Annick Cojean, grand reporter au journal Le Monde.

Donner à voir et à penser, interpeller, surprendre, ébranler, émouvoir, favoriser les échanges entre les jeunes des deux rives de la Méditerranée, travailler sur la citoyenneté euro-méditerranéenne, restent les maîtres mots du Primed.

Résistances
Les thématiques de la sélection 2022 reflètent comme un miroir un monde chaotique, marqué par les guerres, présentes ou passées, mais aussi les incroyables énergies pour résister, lutter, survivre, agir. Ainsi les protagonistes des trois documentaires proposés à l’appréciation de 3000 lycéens de la région Paca, d’Algérie, Égypte, Italie, Maroc et Tunisie sont-ils des êtres qui veulent rendre le monde meilleur et rétablir une justice. Riccardo, étudiant italien en dernière année de médecine décidé à devenir chirurgien de guerre (Erasmus à Gaza de Chiara Avesani et Matteo Delbò). Les trois fils de la journaliste maltaise assassinée Daphne Caruana Galizia, déterminés à confondre les responsables (Malte, au nom de Daphne de Jules Giraudet). Gemma, infirmière catalane rebelle, aidant les demandeurs d’asile bloqués en Grèce et Serbie à franchir clandestinement la frontière (Gemma has a plan d’Arantza Diez).

Résistance féminine aussi aux agressions sexuelles perpétrées au Caire sur la place Tahir, deux ans après la Révolution. Samaher Alqadi dans As I Want  (section « Enjeu Méditerranéen ») filme la colère des Égyptiennes et le regard prédateur des agresseurs. Le female gaze comme une arme.  

Jeunesses volées
Il y a les Enfants de Daech, les damnés de la guerre auxquels Anne Poiret donne la parole. Des milliers de gosses, stigmatisés, portant le poids des « péchés » de leurs parents, croyant encore à un avenir possible malgré les violences qu’ils subissent. Il y a aussi Les Enfants de Caïn (Keti Stamo) en Albanie, soumis au carcan du Kanun, ancien code qui prétend régir leur vie. Il y a la jeune Hala fuyant un mariage forcé et une famille qui soutient l’État Islamique (The Other Side of the River d’Antonia Kilian) 

Enfants de Daech © Cinétévé 2021_Presse

La guerre sans fin
Les guerres ne finissent jamais pour ceux et celles qui les ont vécues. La mémoire de la Méditerranée convoque celle d’anciens appelés des « événements » d’Algérie, qui refusent de toucher une retraite de combattant, hantés à jamais par ce que des ordres indignes les ont forcés à faire (Ce que la guerre a fait de nous de Romano Bottinelli). Sifa Suljic dans The last tape from Bosnia d’Albert Solé ne renonce pas à trouver son seul frère non identifié dans les fosses communes de Srebrenica. Et la réalisatrice israélienne Nurit Kedar, avec #Schoolyard. An Untold Story, raconte à travers des témoignages cette histoire « indescriptible » d’un crime de guerre commis par une compagnie israélienne en 1982 au Liban. Le fantôme d’un homme enlevé et torturé par les sbires de Ben Ali en 1991, en Tunisie, revient de l’au-delà nous parler de ce crime dans Angle Mort de Lotfi Achour.

La vie avant tout
Les documentaristes s’intéressent aussi aux jolis souvenirs. Comme ceux qui fourmillent autour du vieux cinéma mythique de Bologne, Le Modernissimo (Giuseppe Schillaci), ou aux jolies traditions fédératrices des chants de Giromeri en Grèce (Memento de Nikos Ziogas). Lea Najjar nous fait découvrir avec Kash Kash, un jeu colombophile antique et des plus pacifiques sur les toits de Beyrouth. Microbiome de Stavros Petropoulos nous emmène dans l’île d’Ikaria pour percer le secret de la longévité de ses habitants. Quant à Urska Djukic, elle nous parle de La vie sexuelle de Mamie. Et grâce à La Prova de Toni Isabella Valenzi, on passe un moment bien agréable avec Rosa, Peppe et leur cochon, quelque part au sud de l’Italie, face au temps qui passe. 

Par sa riche programmation issue de treize pays méditerranéens, nourrie par la diversité des sujets qui nous rappellent que nos différences nous unissent plus qu’elles ne nous séparent. Par ses actions en direction des jeunes spectateurs et des jeunes réalisateurs, le Primed est une manifestation indispensable, comme tout ce qui combat le repli et le sectarisme.

ÉLISE PADOVANI

Primed
Du 5 au 10 décembre
Divers lieux, à Marseille
primed.tv
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