Pour accueillir le Quatuor Agate, il fallait bien un écrin. Et c’est dans la Salle La Major, dans le Palais historique du Pharo, que les quatre musiciens – Adrien Jurkovik et Juliette Beauchamp aux violons, Raphael Pagnon à l’alto et Simon Iachemet au violoncelle – ont officié ; un lieu à la hauteur d’un programme traversant un siècle et demi d’histoire.

Le concert s’est ouvert avec le Quatuor en mi bémol majeur de Fanny Mendelssohn. Longtemps restée dans l’ombre de son frère Félix à une époque où les femmes ne composent pas – du moins officiellement –, Fanny Mendelssohn démontre une maitrise de la forme et une profondeur émotionnelle qui aurait mérité une reconnaissance de son vivant. Il s’ouvre sur un Adagio ma non troppo sombre, incluant un long passage fugué en mode mineur qui évoque Beethoven. Le scherzo qui suit – et qui fait la part belle à l’alto –, vif et rythmique, exprime une belle énergie. La Romanze, cœur du quatuor, est traité dans le style d’un lied sans paroles, typique du romantisme allemand. Le finale, Allegro molto vivace, s’ouvre de manière enjouée mais les tonalités plus sombres ne se dissipent qu’à la toute fin de l’œuvre.

De Vienne à Hollywood

Changement d’atmosphère avec le Quatuor à cordes n° 3 de Korngold, écrit en 1945 après son exil aux États-Unis pour fuir le nazisme. Compositeur prodige, Korngold s’inspire tout autant de sa formation artistique dans la Vienne du début du XXe siècle que de son expérience hollywoodienne. « On a découvert son œuvre il y a deux ans, explique Iachemet. On adore cette musique. »

L’Allegro moderato évoque un univers cinématographique au lyrisme assumé. Le scherzo, mécanique suggère une foule, filmée marchant en accéléré. Le Sostenuto, construit comme un « folk tune », déploie un paysage minéral de grands espaces, tandis que le finale, vif et rythmique, convoque l’imaginaire du film d’action.

Le programme s’achève avec le Quatuor n° 9 op. 59 n° 3 de Beethoven, troisième des Razumovsky (du nom du prince Russe qui lui passa commande) : « Beethoven part de Mozart et Haydn, mais il porte le quatuor à un niveau inégalé » rappelle Iachemet.

Après une introduction haletante, le premier mouvement explose d’allégresse. Le second, plus intérieur, se pare d’accents russes. Le menuet, rustique, prépare un Allegro molto final vertigineux : succession de fugues lancées dans une cavalcade virtuose d’une précision redoutable. La salle retient son souffle. Pour faire retomber la tension, les musiciens offrent, en bis, l’élégant Quatuor n° 21 en ré majeur de Mozart, tout en clarté et équilibre.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 7 février au Palais du Pharo, Marseille.

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