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Une surveillante dans le péril geôle  

Après La Fille au bracelet, en 2019, Stéphane Demoustier donne dans Borgo le premier rôle à une surveillante pénitentiaire, embourbée dans ses liens avec les détenus

Borgo, c’est une ville de Haute-Corse, et un centre pénitentiaire qui porte son nom, où selon un contrôleur général, la détention a « un caractère humain ». C’est là que Melissa (Hafsia Herzi) est nommée en tant que matonne. Avec elle, nous découvrons l’Unité 2 où sont regroupés les détenus corses. Cellules ouvertes dont certaines ont vue sur mer, centre sportifs et de loisirs. Pas le Club Med mais bien loin de la prison de Fleury-Mérogis où elle travaillait. Les prisonniers peuvent se procurer tout ce qu’ils veulent, sauf les armes. Ils sont bien sûr affiliés à des clans mais sont protégés le temps de leur peine, par un accord de paix tacite. En contact permanent avec leurs réseaux, ils savent tout ce qui se passe dehors. À Borgo, dit-on, « ce sont les prisonniers qui surveillent les gardiens ».

Melissa, 32 ans, y prend ses marques, retrouve Saveriu (Louis Memmi), un jeune détenu qu’elle a rencontré sur le continent. Ferme, expérimentée, la langue bien pendue, elle s’impose et sait gagner le respect des prisonniers qui la surnomment Ibiza en référence à la chanson de Julien Clerc.

À l’extérieur, l’intégration est plus difficile. Dans la cité où elle réside avec ses deux enfants, son mari Djibril (Moussa Mansaly) d’origine africaine est en butte au racisme ambiant et ne trouve pas de travail. À Borgo, même si elle est une « française d’origine maghrébine » et  une « étrangère », on l’aime bien la matonne Melissa. Alors, bien qu’elle n’en ait jamais parlé, on « arrange » ses problèmes « à la corse ». Puis, toute aide obligeant celui qui en bénéficie, on lui demande des services. Et la mécanique s’enclenche, compromettant la jeune femme dans la guerre mafieuse de l’Île de Beauté. 

Si cette guerre est bien présente dès le début du film, avec un règlement de compte qui fait deux victimes, deux ex-détenus abattus en plein jour à l’aéroport, s’il y a bien une enquête menée par un commissaire las (Michel Fau) qui ne poursuit l’affaire que parce que ses supérieurs insistent, Borgo n’est pas pour autant un film policier. 

Île flottante

Le réalisateur déjoue les attentes, brouille la temporalité et les genres. C’est le récit d’une intégration ratée, d’un couple qui bat de l’aile et veut prendre un nouveau départ, et surtout le portrait d’une femme appréhendée sous des angles divers qui n’épuisent ni sa complexité, ni son mystère. Surveillante aguerrie parmi les hommes, épouse et mère parfois dépassée, championne de tir, et, plus Ibiza que Mélissa sur le dancing floor des paillottes. Dans ce rôle Hafsia Herzi est impressionnante. Autour d’elle, des non-professionnels corses et des comédiens connus – entre autres Florence Loiret-Caille en directrice de prison qui veut bien prendre en compte l’exception corse jusqu’à un certain point ! Casting parfait signé Julie Allione.

S’inspirant librement d’un fait divers – le double assassinat de Poretta en 2017 –, Stéphane Demoustier nous livre ici un film loin des cartes postales, déjà au cœur de polémiques alors que le procès des protagonistes est imminent.

ÉLISE PADOVANI

Borgo, de Stéphane Demoustier
Sorti le 17 avril
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