lundi 3 octobre 2022
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Vitrolles, capitale du jazz

Pour sa 24e édition, le Charlie Jazz Festival accueillait certains des plus grands noms du jazz actuel. Retour sur la dernière soirée avec Tony Paeleman et Jan Garbarek

Le domaine de Fontblanche recevait un florilège inspiré de musiciens de jazz. Le projet The Fuse du claviériste Tony Paeleman déclinait ses effets électroniques sur la petite scène de l’espace du Moulin. Accompagné du bassiste Julien Herné et du batteur Stéphane Huchard, le compositeur joue avec les résonances, parfois une main seule sur le piano se plaît à se fondre dans le frémissement du chant des cigales. Voici le morceau Afterglow, qui évoque les dernières lueurs du jour enserrées dans l’éternel retour des ostinatos. Hypnotiques, piano et batterie tournoient dans l’air du soir. Les notes d’un clavier se détachent sur de larges nappes sonores, les grands arbres rêvent, ourlés des notes cristallines. Les instruments dialoguent, s’écoutent, ici, un solo de basse ouvre le morceau, construit une solide charpente sur laquelle s’appuient des chromatismes aériens, là, le son se chaloupe et rejoint des tonalités funk. The Fuse, pièce éponyme du spectacle, s’ouvre sur d’amples accords d’orgue, plaqués et enchaînés. Les ruptures à l’intérieur des morceaux tissent des fragments oniriques d’où jaillissent des rythmes affirmés qui flirtent avec l’électro. Un cocktail qui groove diablement bien ! Mais, vite, un ultime bis intense avant de partir vers la grande scène des Platanes où se produit le saxophoniste Jan Garbarek et son trio, Trilok Gurtu (percussions), Rainer Brüninghaus (piano) et Yuri Daniel (basse). 

Tellurique

Légende du jazz – une de plus tant le festival vitrollais sait inviter et convaincre les plus grands ! – le saxophoniste norvégien qui a fait partie du quartet Européen de Keith Jarrett et sait aujourd’hui conjuguer cet univers à celui de Coltrane, de la musique indienne (représentée ici par Trilok Gurtu) et de la musique norvégienne. Les univers dialoguent mais aussi se déploient dans leur spécificité : chaque musicien aura ses moments solistes tandis que ses complices s’éclipsent, laissant toute liberté à l’interprète. S’étirent alors amples mélodies, rythmes ébouriffants, improvisations d’une inventivité sans limites. Le pianiste abandonne les effets du clavier numérique pour la souplesse classique du Steinway, ses puissants graves, son espièglerie sensible jusque dans ce qui pourrait être perçu comme de l’emphase. Le percussionniste reprend les rythmes de la musique indienne à la voix puis délaisse les instruments pour les objets les plus loufoques : un seau empli d’eau métamorphose les vibrations d’une pièce métallique, les tempi s’accélèrent prennent une tournure tellurique alors que le saxophone s’empare d’une flûte indienne, nous entraîne dans un voyage autour du monde. Les traditions se confondent, l’univers très « classique » de ces géants du jazz transportent le public conscient de la chance de pouvoir les écouter (seulement deux dates en France dont celle de Vitrolles).

MARYVONNE COLOMBANI

Concerts donnés le 3 juillet dans le cadre du Charlie Jazz Festival, à Vitrolles.

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