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La voix qui brûle

Au Grand Théâtre de Provence, Luz Casal a offert un concert intense et habité, traversé par l’ombre, la ferveur et un goût certain du dialogue et de la correspondance

Silhouette sombre, presque punk, présence tendue, regard franc. Dès les premières minutes, Luz Casal s’impose avec densité et générosité sur la scène du Grand Théâtre de Provence. Ce concert sera affaire de chair, de souffle, de partage.

La voix frappe. Elle a évolué. Le timbre autrefois quasi lyrique s’est creusé, sombré, chargé d’un léger sanglot. Une voix désormais entre fièvre flamenco et vigueur rock, nourrie de lyrisme, de tensions, de soupirs. Les écarts de quart de ton, maîtrisés, donnent au chant une vibration groove instable, presque douloureuse.

Sur scène, tout dialogue. Les styles, les cultures, les âges de la vie. Star pop, diva rock, icône cinématographique, chanteuse de l’intime : tout cohabite sans jamais se contredire. La tenue noire des débuts laisse place, au cours du concert, à une robe rouge éclatante, comme une mue finale, et un hommage au cinéma d’Almodovar qui l’a révélée – boa autour du cou à l’appui.

Divas en miroir

L’un des autres moments les plus applaudis de la soirée reste l’hommage à Dalida. Luz Casal y met une tendresse grave, une admiration sans distance. À un poignant Fini la comédie succède un incarné Il venait d’avoir dix-huit ans entre espagnol et français, conclu sur une touche de nostalgie et d’humour. Sur ses doigts, la diva compte : elle n’a désormais plus deux fois, mais bien trois fois dix-huit ans. L’émotion affleure, sans pathos. Cette musique-là, marquée par la Méditerranée voyage sans peine entre les rives et les langues. Dans Historia de un amor, chanson espagnole passée par Dalida, la voix était déjà pop et tendre : drama queen, oui, mais sans ironie, avec une infinie délicatesse.

Autour d’elle, cinq musiciens forment un écrin solide et attentif – « sa famille », dit-elle. Les guitares électro-acoustiques et espagnoles de Borka Fernandez, Serrano Montenegro et Jorge Fernandez Ojea, la basse de Pedro Pablo Oto Aguilar et les claviers et piano de Jose Maria Baldoma Monesma. Luz s’adresse au public dans un français appliqué, soucieuse d’être comprise, de maintenir ce fil fragile entre la scène et la salle. Dans ce dialogue, quelque chose brûle encore – et ce longtemps après la dernière note.

SUZANNE CANESSA

Le concert a été joué le 31 janvier au Grand Théâtre de Provence

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Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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