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AccueilÀ la UneMalte Schwind monte Rabelais et ne « cède pas à la mélancolie » 

Malte Schwind monte Rabelais et ne « cède pas à la mélancolie » 

Après Cinq Leçons et demie de pantagruélisme, le metteur en scène Malte Schwind continue son travail autour de Rabelais et crée Rien plus qu’un peu de moelle à la Friche La Belle de Mai. Entretien

Zébuline. Vous travaillez sur Rabelais depuis quelques années. Qu’est-ce qui vous a attiré dans son œuvre ? 

Malte Schwind. Je cherchais des textes qui puissent faire rire, et Rabelais est un grand maître du genre. Il est porteur d’une utopie humaniste, mais témoin de son échec. Il voit la censure, l’Inquisition, le désastre des guerres de religion qui arrivent. Face à l’horreur de ce monde, il écrit pour nous armer avec le rire. Pour ne pas céder à la mélancolie. 

C’est votre deuxième création autour de l’œuvre de Rabelais.

En 2022, alors qu’on travaillait sur Les Métamorphoses d’Ovide, on a été invité à participer à Avant le Soir. C’était une très belle expérience, que j’ai voulu réitérer avec Rabelais. Il nous a immédiatement paru pertinent de trouver cet espace, de ramener la farce sur la place publique.

La petite forme était une fausse pièce didactique. Le titre, Cinq leçons et demie de pantagruélisme, est en quelque sorte une blague inspirée par le jeu entre sérieux et pas sérieux qu’il y a toujours chez Rabelais. Dans la grande forme, on traverse son œuvre avec Pantagruel et le Quart-Livre, donc son premier et son dernier livre. On en fait une grande épopée.

L’univers rabelaisien est vaste. Comment avez-vous conçu cette épopée ? 

Je commence toujours par extraire des livres des scènes que j’aime, je fais comme des best-of à partir desquels on essaie de construire une ligne dramaturgique. Ici, c’est l’amitié entre Panurge et Pantagruel. L’amitié est une question qui traverse toutes mes créations. La communauté pantagruéliste se construit grâce à la singularité de chacun, et la défend radicalement. C’est cela qu’on raconte à travers cette amitié : deux opposés qui grâce à leur rencontre et à leur traversée, s’épanouissent dans leur individualité.

Comment représentez-vous cette traversée sur scène ? 

Le spectacle est conçu en deux parties très différentes. La première se joue plutôt en avant scène, dans une sorte de théâtre pauvre, que l’on déploie à plus grande échelle pour la seconde, qui raconte la traversée à la recherche de la Dive Bouteille.

On transforme le théâtre en bateau, avec une voile, un mât chinois, un fond peint qui représente la mer… mais tous ces éléments scénographiques ne font pas illusion, on voit toujours que c’est du théâtre. C’est aussi, quelque part, un hommage aux marins, qui ont beaucoup apporté au théâtre en terme de savoir faire.

Il y a, chez Rabelais, une importance centrale du corps. Comment l’intégrez vous à votre mise en scène  ? 

Quand on pense à Rabelais, généralement, on pense à la grande bouffe, à l’excès, au caca etc. Ce n’est pas l’entrée qu’on a choisie. On a davantage misé sur sa grande érudition, mais je crois que la question du corps vient avec la langue. On joue en moyen Français, donc dans la langue de Rabelais lui-même. C’est une langue étrange, étrangère même, qui permet d’investir le corps autrement, parce que ce sont d’autres sonorités, parce que la syntaxe est différente.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR CHLOÉ MACAIRE 

Rien plus qu’un peu de moelle
Du 18 au 20 septembre 
Friche La Belle de Mai, Marseille
Un co-production de La Criée, Centre dramatique national de Marseille 

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