jeudi 22 octobre 2026
No menu items!
cliquez sur l'image pour en savoir plusspot_img
Plus d'infos cliquez ci-dessousspot_img
AccueilSociétéÉditoMais qui donc a mis Marianne à terre ? 

Mais qui donc a mis Marianne à terre ? 

L’insurrection n’est jamais fondamentalement désirable, elle est par nature violente, fauteuse de destruction et souvent de mort. Même lorsqu’elle est nécessaire contre des régimes tyranniques, cette violence engendre la désapprobation, la peur et la mise en branle de réflexes réactionnels réactionnaires, qui persistent souvent après les changements de régime que les insurrections victorieuses – les révolutions – peuvent déclencher. 

Dans L’Éducation sentimentale, Flaubert raconte longuement la révolution de 1848, qui a mis fin au règne de Louis-Philippe et instauré la IIe République, et le sac du Palais-Royal, avec le trône jeté par la fenêtre, et une prise de possession vengeresse et « obscène » des derniers symboles de la monarchie en France.

Puis la fureur s’assombrit. Une curiosité obscène fit fouiller tous les cabinets, tous les recoins, ouvrir tous les tiroirs. Des galériens enfoncèrent leurs bras dans la couche des princesses, et se roulaient dessus par consolation de ne pouvoir les violer. 

Sans en venir à ces crimes la journée du 17 octobre a semé le chaos, en particulier à Marseille, et transformé un combat juste et une manifestation massive en ville qui brûle et se calfeutre, en proie à la terreur. Les dégâts infligés à la République n’ont pas renversé le Gouvernement, même si Marianne s’est retrouvée à terre dans le hall de la mairie de Marseille. Mais il est évident que le combat des jeunes pour des conditions d’études décentes, et des classes populaires contre la vie chère, s’en trouve considérablement affaibli. Comme en 1848, cette violence ne peut que conforter les partis qui attendent de s’emparer du pouvoir, la bourgeoisie en 1848, l’extrême-droite aujourd’hui. 

La première stupéfaction passée, il y eut chez les bourgeois comme un étonnement de vivre encore. L’exécution sommaire de quelques voleurs, fusillés sans jugements, parut une chose très juste.

Qui va-t-on « fusiller » aujourd’hui ? Les pilleurs ? Les casseurs ? LFI qu’on accuse d’avoir poussé au crime ? Les mineurs qui vont devoir rester confinés chez eux ? 

À qui profite le crime ? 

Flaubert décrivait, en multipliant les voix et les tons, les rouages objectifs de l’accession de la bourgeoisie au pouvoir, et l’échec du peuple à s’en emparer vraiment par l’insurrection.

Alors, la Propriété monta dans les respects au niveau de la Religion et se confondit avec Dieu. Les attaques qu’on lui portait parurent du sacrilège, presque de l’anthropophagie.

Lorsque nos pilleurs s’en prennent aux commerces des centres-villes, les forces de l’ordre semblent davantage occupées à contenir et réprimer les manifestants pacifiques qu’à arrêter les déprédations. La Propriété, depuis 1848, a conservé son caractère sacré. Lorsqu’ils se révèlent impuissants à la protéger, ceux qui plongent la France dans la récession et le désespoir se permettent alors d’insulter le peuple qui se révolte. Retailleau n’hésite pas à parler de « la chienlit qui menace la République », et Bardella de « l’armée du crime ». 

Quant au président Macron, au lieu d’être confus de l’imprévision manifeste du dispositif policier, il promet d’être impitoyable envers les inconséquents qui détruisent les biens communs et le service public. Pense-t-il à lui-même ? 

AGNÈS FRESCHEL


Retrouvez nos articles Société ici

ARTICLES PROCHES
- Plus d'infos, cliquez ici -spot_img

« De l’autre côté du lac » de Sylvain Prudhomme : entre paradis blanc et vertiges de la disparition

Sur un héliport de montagne, un homme rencontre Paola, photographe fascinée par une réserve interdite aux humains. Un amour semble possible. Mais quelques mois...

Culture : une conférence pour sonner l’« alerte rouge »

La baisse des crédits continuelle, l’absence du thème culturel dans les programmes politiques,  la remise en cause des droits des auteurs et artistes, les...