Le visage en gros plan d’un homme, la nuit. Des lueurs sur l’eau. Des préparatifs pour la pêche des saumons qui ne sont pas au rendez-vous. Les femelles saumons fatiguées. Paysages brumeux où pourraient circuler des fantômes. Une voix-je. C’est celle d’Al Moon, un homme qu’Isabelle Ingold et Vivianne Perelmuter ont croisé dans une laverie automatique en Californie. Un homme qui les a touchées par son désir farouche de s’affranchir de son passé. De cette rencontre fortuite, est né le désir de l’approcher, de le suivre, de partager sa route vers l’Est, juste l’inverse de la conquête vers l’Ouest. Al Moon est un vétéran amérindien : il appartient à la nation Yurok et vit en solitairesur les terres de sa tribu, vivantes mais ravagées, dans le nord de la Californie. La violence qui traverse son territoire, la disparition progressive des saumons et les blessures laissées par la guerre font remonter son passé. Alors il prend la route à la rencontre des hommes de son ancien bataillon, mais surtout à la rencontre de celui qu’il était. Et tout au long de ce voyage, dans des paysages âpres, souvent crépusculaires, qui semblent parfois émerger d’un temps enfoui, on le suit aux cotés des deux cinéastes qui ont partagé une partie de son quotidien, vivant avec lui dans des conditions précaires..À travers ses yeux, ses silences, ses mots et ses rencontres, comme cette femme qui a froid et cherche en vain un manteau ou cette jeune fille qui évoque son enfance et sa fuite à 11 ans, le film laisse entrevoir une Amérique contemporaine fracturée et malade. La caméra est là, tout prés de cet homme qui remonte le cours de sa propre histoire, qui a besoin de regarder ce qu’il a été, ce qu’il a longtemps évité, captant son corps, son visage, ses émotions. Pas d’interviews mais des confidences. C’est à partir de ses paroles, de ses mails, de lettres que la voix-je s’est construite : Al Moon est d’ailleurs crédité comme coscénariste aux côtés des deux cinéastes.
Les recommencements, un film singulier qui suggère que c’est en remontant le cours de son histoire, en regardant ce qu’on a toujours évité qu’on peut traverser autrement son passé.
Le film sort en salles le 21 octobre
Annie Gava






