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AccueilÀ la UneAu festival CineHorizontes, l’Espagne queer en étendard 

Au festival CineHorizontes, l’Espagne queer en étendard 

La 25e édition de CineHorizontes s’est penchée sur le passé fasciste espagnol, avec des films flamboyants ou intimes, et une thématique queer qui s’y reliait judicieusement

« L’Espagne franquiste n’aime pas les gens comme moi ». Le fim de clôture de CineHorizontes le 16 octobre reliait deux thèmes qui parcouraient de nombreux films cette année : la guerre civile, et la question LGBTQIA+. Le personnage principal de La Cena, une comédie très réussie de Manuel Gomez Pereira, est homosexuel. Plutôt de droite et conformiste. Mais ce directeur de palace, incarné par Alberto San Juan, sait que son homosexualité ne passera pas après la victoire de Franco, et qu’il doit fuir.

La comédie semble répondre à La Bola negra, drame historique de Javier Calvo et Javier Ambrossi – prix de la mise en scène à Cannes, représentant l’Espagne aux Oscars, et qui a remporté le prix du scénario décerné par le jury de Cinehorizontes. Un film brillamment construit sur trois fils narratifs centré chacun sur un personnage gay, trois histoires qui se rejoignent et explorent la mémoire de la guerre civile espagnole, des récits perdus, de l’homosexualité de Garcia Lorca, et d’un pays qui a du mal à parler d’amour… 

Le palmarès

Le prix spécial du Jury présidé par Paul B. Preciado a été décerné à Iván & Hadoum, un fim de Ian de la Rosa, qui a également remporté le prix d’interprétation, décerné à Silver Chicón. Une belle histoire d’amour, justement, sorte de Roméo et Juliette qui ne finirait pas tragiquement, entre un fils cadre dans une entreprise fruitière et une ouvrière marocaine, sur fond de lutte syndicale. Une love story méditerranéenne qui serait classique si Iván n’était pas trans, si les scènes de sexe et d’amour n’étaient pas si finement, si sensuellement filmées, et si le statut du macho dominant espagnol, patron et chef de famille, si intimement remis en cause par le trajet d’Ivan, et le regard tendre et affranchi d’Hadoum. 

Le personnage principal de Yo no morire de amor est, lui aussi, comme incidemment homosexuel : la jeune Claudia (Julia Mascort) affronte une des plus douloureuses et des plus fréquentes épreuves de la vie : la lente dégradation de sa mère, qui perd la mémoire, sa motricité, et se dégrade au fil de 5 longues années obligeant sa famille, et surtout sa cadette lesbienne, à de douloureux sacrifices, un isolement, que connaissent tous les aidants. Ce film a remporté le grand prix l’Horizon d’or, « parce qu’il fait partie des films qui parlent de ce que nous traversons tous, et dont nous ne parlons pas », précisait Paul B. Preciado, qui expliquait également le choix de ne pas récompenser La Bola Negra mais un film au budget « bien plus modeste » qui avait davantage besoin de ce prix.  

La réalisatrice, Marta Matute, expliquait que Yo no morire de amor raconte sa propre histoire. Sa démarche intime pourrait être celle de toutes les aidantes, filles, épouses ou mères, qui vivent en silence, et dans l’isolement, la prise en charge dévorante des êtres aimés qui sombrent.

AGNÈS FRESCHEL
(membre du jury 2026)

CineHorizontes s’est déroulé du 8 au 17 octobre à Marseille. 

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