Un conte en neuf nuits. Et quelles nuits ! Et quel conte ! En off, une voix de femme. Il était une fois … Un homme tombé dans un trou très profond et qui ne se souvient de rien. Première nuit : une femme, belle, brune, toute de noir vêtue, assise dans un bar. Échanges de regards. Un homme, ivre, qu’elle raccompagne chez lui, le soutenant dans les rues de la ville. Elle le couche, le déshabille et le… viole avec un bâton. Le visage de la femme en gros plan montre sa jouissance qui augmente au rythme des coups de butoir.
Elle, c’est Nada, (fascinante Nour Hajri), une jeune Tunisienne monteuse vidéo dans la journée, Méduse noire la nuit. Au cours des neuf nuits, la même méthode, attirer un homme, le droguer et le tuer. Pourquoi ? On ne le sait pas vraiment. Est-ce un traumatisme ancien ? Une séquence surexposée nous la montre traversant un bois, suivie par un homme dont elle semble d’abord accepter, d’abord accepter la présence, avant de le repousser, sans succès.
Un couteau mythique qu’elle trouve par hasard, un couteau vieux de deux siècles qui appartenait à un assassin, devient sa nouvelle arme. Black Medusa, le film d’Ismaël et Youssef Chebbi n’est pas un film psychologique. C’est à chaque spectateur de construire son histoire à partir de ce qu’il voit ou ne voit pas. Beaucoup de trous, beaucoup d’ellipses dans ce film qui réinterprète le mythe de la Méduse. D’autant que Nada, mutique et peut-être sourde, communique très peu et seulement par l’intermédiaire de son téléphone, même avec Noura (Rym Hayouni), une collègue algérienne, graphiste avec qui se noue une relation ambigüe.
Au fil des nuits, la colère et la haine qui habitent Nada augmentent. On parle désormais d’une serial killeuse à Tunis, qui déambule, perchée sur ses hauts talons, dans les rues de la ville filmées par Imed Aissaoui dans un intense noir et blanc, d’une beauté aussi terrifiante que le Cat people de Jacques Tourneur. Un film envoûtant qui nous questionne.
ANNIE GAVA
Black Medusa a été projeté dans le cadre du festival Cinemed
le 19 octobre au Pathé Comédie, Montpellier
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