Des femmes font la queue. On les contrôle, on les interroge. Elles quittent le Maroc en bateau pour rejoindre l’Espagne. Un paysage blanc, des serres à perte de vue, puis des baraquements vétustes où ces femmes, les bras chargés de sacs sont installées. Parmi elles, Hasna (Nisrin Erradi) qui partage le baraquement avec Meriem (Hajar Graigaa), nouvelle comme elle, et deux habituées : Zineb (Hind Braik), là depuis deux ans et Khadija (Fatima Attif) depuis cinq ans. Elles sont toutes venues au domaine de « Fresa del Carmen » pour ce travail pénible : récolter des fraises cultivées sous serres. Chaleur étouffante, gestes rapides et répétitifs, pour une promesse de 35 euros par jour – qui n’est pas toujours tenue.
Sans oublier le harcèlement des petits chefs et même du patron, le bel Yvan, que chacune regarde avec admiration, espérant attirer son regard. C’est ce qui arrive à Miriam qui va être « recrutée », emmenée dans la maison pour du ménage et le lit du maitre. Hasna, ex-championne de taekwondo n’accepte pas la situation : Que faire ? Subir et se taire ? Résister ? Après un drame, elle contacte Pilar (Itsaso Arana), une jeune avocate travaillant pour une ONG, prête à les aider.
C’est par les yeux d’Hasna que nous découvrons l’exploitation des femmes migrantes. Partie de sa ville avec l’espoir de gagner l’argent qui lui permettrait de soigner sa mère, de mieux vivre, elle découvre l’horreur d’un travail inhumain, dans lequel les ouvrières ne sont que des numéros. Dénoncer leurs conditions de travail, c’est risquer de perdre leur emploi et d’être renvoyées au Maroc. La caméra du chef-opérateur Tristan Galand saisit les émotions d’Hasna sur le visage de Nisrin Erradi, et nous fait ressentir la chaleur étouffante des immenses serres autour de Huelva.
Librement inspiré par un fait réel, tourné en 25 jours seulement, Les Fraises de Laïla Marrakchi, qui était en compétition à Cannes dans la section « Un Certain Regard », pointe l’amère réalité de l’injustice, et l’exploitation au service de la rentabilité économique. En 2011, dans Sur la planche, Leïla Kilani filmait déjà de jeunes femmes travaillant dans une usine de crevettes à Tanger. Un film réussi qui sortira
ANNIE GAVA
Les Fraises a été présenté en présence de la réalisatrice le 18 octobre
dans le cadre du festival Cinemed au Pathé Comédie, Montpellier
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