lundi 3 octobre 2022
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À La Roque d’Anthéron, lumières sur un couple poly-gammes

La soirée du 11 août a vu les œuvres d’un couple hors norme se juxtaposer. Celles de Robert et Carla (Wieck) Schumann, interprétés par le Sinfonia Varsovia, David Kadouch et Tanguy de Williencourt

Sont réunis sous la conque du parc du château de Florans le bel orchestre Sinfonia Varsovia, dirigé avec passion par Aziz Shokhakimov, et deux remarquables pianistes distingués tous deux au Conservatoire national de Paris : les Français David Kadouch et Tanguy de Williencourt, lauréats de multiples concours et aux carrières internationales saluées par les critiques du monde entier.

Malicieusement, la juxtaposition du Concerto pour piano et orchestre en la mineur opus 54 de Robert Schumann et du Concerto pour piano et orchestre n° 1 en la mineur opus 7 de Clara Wieck-Schumann, invitait à la comparaison. Aucune rivalité possible entre les interprètes, tous deux abordant avec justesse les œuvres, épousant les intentions, les nuances, les variations, les couleurs, les phrasés, en un dialogue fécond avec l’orchestre. Celui-ci mené intelligemment par son jeune chef qui sait mettre en évidence les pupitres, creusant la matière sonore, la sculptant comme du cristal.

Le concert débutait par l’Ouverture, Scherzo et Finale opus 52 de Robert Schumann, vif, équilibré, achevé par de somptueux accords telle une entrée en matière enthousiaste. Tanguy de Williencourt s’attache alors à l’œuvre, véritable déclaration d’amour à l’épouse Schumann qui en fut la première interprète et la dédicataire. On s’amuse à retrouver les premières mesures de la trame de Bésame mucho qui, presque un siècle plus tard, connaîtra un succès mondial. On se laisse séduire par le côté « fleur bleue », mais jamais insipide, d’une mélodie qui court du piano à l’orchestre, en un dialogue qui les unit avec une infinie tendresse. Poésie et lyrisme dominent dans ce bouquet instrumental ciselé et frémissant.


Des différences majeures ?

À ce rayonnement envoûtant répond sous les doigts de David Kadouch le Concerto de Clara Schumann, usant de contrastes, de ruptures, d’élans fortement charpentés, laissant une plus grande liberté au piano, soulignant la virtuosité pianistique de la compositrice. La relation entre l’orchestre et le soliste se transforme, le premier devenant un véritable interlocuteur pour le second au caractère bien trempé, qui n’hésite pas à se livrer à l’ivresse de sa virtuosité. L’ensemble se scinde, offre des passages chambristes sublimes (superbe duo entre le violoncelle solo et le piano), se refonde en larges vagues, articule l’espace sonore, l’emplissant de sa verve puissante.

Tanguy de Williencourt joue en bis Traümerei,extrait des Kinderszenen opus 15 de Robert Schumann, brossant la grâce vivante du tableautin en un jeu inspiré et tendre. David Kadouch décide pour sa part de rendre hommage à une autre immense compositrice, Fanny Mendelssohn, avec son Allegretto en do dièse mineur des Six mélodies pour le piano opus 4. « Aujourd’hui, souligne l’artiste, on est en train de découvrir l’Amérique : jouer les compositrices que l’on avait « oubliées » n’est pas un effet de mode, mais une justice qu’on leur rend ». L’écoute en « aveugle » remet à plat la question de l’influence des sexes sur la création : le concerto de Clara est bien plus « viril » – s’il faut encore user de ce type de distinction – que celui de Robert…

Enfin, les deux pianistes se retrouvent à quatre mains sur les Danses slaves pour quatre mains, allegretto grazioso en ré bémol majeur opus 72 de Dvorak. La magie de l’instant se double de significations fortes.

MARYVONNE COLOMBANI

Soirée du 11 août, à l’auditorium du parc de Florans, dans le cadre du Festival International de Piano de La Roque d’Anthéron.

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