Ah ça rira, ça rira 

Comme chaque année, Tendance clown revient enchanter notre printemps avec de l’humour transgressif aux petits oignons

0
100
Quarantaines® B. Dupuis

Qu’il soit textuel ou gestuel, grinçant ou burlesque, l’humour constitue la sève du Daki Ling depuis près de vingt ans. Chaque printemps, la petite salle marseillaise de la rue d’Aubagne présente durant Tendance clown l’élite du spectacle comique autour du clown au sens large, souvent issu des arts de la rue. Durant une dizaine de jours, il s’agit ici de piquer des fous rires sans fard, jusque dans l’espace public. Hors les murs, le festival se met au vert en investissant les parcs publics du nord au sud de la ville, sur trois week-ends successifs (parc Billoux le 14 mai dans le 15e arrondissement, Longchamp le 21 mai dans le 1er, puis Bagatelle le 28 mai dans le 8e). 

En ses murs, le Daki Ling accueille sous les voûtes de sa cave de très grands noms, de ceux qui font se gondoler des rangs entiers par la seule force de leur verve. C’est le cas d’Arnaud Aymard, bretteur hors pair du langage et de l’impro, venu présenter successivement au fil des ans ses nombreux avatars, de l’originel Paco chante la paix au plus récent Jean-Noël Mistral, poète du maquis éclos sur les ondes de Radio Nova aux côtés d’Édouard Baer, en passant par Perceval ou encore l’inénarrable Oiseau Bleu et son épopée au long cours. Cette année, place à son dernier-né, un individu spectral post apocalyptique, qui fera à n’en pas douter la part belle aux digressions poético-ludiques parsemées de fulgurances (Spectralex, Sinon ça va, le 20 mai). 

YouGur de Carlo Mô est donné le 27 mai au square Léon Blum et le 28 au parc Bagatelle

Rire métaphysique 

Au fil des jours, les artistes qui se succèdent donnent un aperçu du panel varié que recouvre l’acception du mot clown pour le Daki Ling : beatboxing, marionnettes, théâtre comique ou duo musical, mais aussi solo de magie nouvelle muet et kafkaïen (le 12 mai DispensaBarzotti, The Barnard Loop), ou encore expérience de « cirque scientifique » le 13 mai avecla compagnie Platatá, dont La quatrième hypothèse s’inscrit dans la tendance actuelle des jongleurs à réfléchir sur leur discipline. Ici, Danielo Amaya tente de cerner l’essence du jonglage, en usant de diverses expériences visant à confronter théorie et pratique. Et quand les clowns conservent leur nez rouge vissé au milieu du visage, c’est pour mieux nous parler de l’état du monde, à l’instar des considérations métaphysiques sur l’humanité et ses injonctions paradoxales (compagnie InEX, Le monde d’après nous, le 26 mai) ou encore des réflexions sociétales de Véronique Tuaillon, fidèle elle aussi du Daki Ling, qui soutient chacune de ses créations. Celle qui a enflammé nos zygomatiques, faisant perler larmes de rire et d’émotion en évoquant l’impensable sujet de la perte d’un enfant avec sa précédente création More Aura,revient cette fois nous parler de notre rapport intime à la vieillesse, autour d’un nez noir et de quelques contorsions (Quarantaines, le 27 mai). 

JULIE BORDENAVE

Tendance clown
Jusqu’au 28 mai
Daki Ling et ailleurs, Marseille
dakiling.com