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« Alam », l’âge de l’indépendance

Le premier long métrage de Firas Khoudry, un film sur des adolescents pris entre leur nationalité israélienne et leur conscience politique naissante en salles le 7 juillet

Alam – le drapeau, en arabe – est le premier long métrage de Firas Khoudry. Comme dans Les Jambes de Maradona, un de ses courts multi primé (2019), le réalisateur inscrit son scénario dans une Palestine occupée et niée. Sans dogmatisme, il rend compte de la complexité de la situation en se coulant dans la vie de jeunes gens qui ressemblent à ceux de n’importe quel autre pays du monde. Des enfants dans Les Jambes de Maradona. Des adolescents presqu’adultes dans Alam

Tamer (Mahmoud Bakri) a 17 ans. C’est un lycéen palestinien vivant en Israël. Avec ses copains, il pense davantage aux filles, à l’herbe, à la fête, à s’émanciper de l’autorité parentale, qu’à la politique. Sa révolte reste modérée. Toutefois, en cours, il grave sur son bureau un singe de la Sagesse à la bouche bâillonnée, au symbolisme clair. Et quand arrive, exclue d’un autre établissement, la belle Mayssa (Sereen Khass) auréolée de sa légende de rebelle, bousculant le machisme ambiant et tenant tête au professeur d’histoire, le jeune homme amoureux voudra l’impressionner. Une histoire racontée des milliers de fois au cinéma, assume Firas Khoudry, sauf que les bravades de cette adolescence incandescente, avec ses contradictions, ses craintes, ses audaces, revêtent ici des enjeux politiques majeurs et induisent le risque de mourir. 

Le côté burlesque de l’équipée nocturne – qui se veut « opération spéciale » pour substituer au drapeau israélien flottant au dessus du toit du lycée, le drapeau palestinien, montre bien que Mayssa, Tamer et ses copains n’ont rien d’une bande organisée. De jeunes gens comme tant d’autres, qui n’ont pas encore de maturité politique. Ecartelés entre deux histoires, celle, familiale, de l’expropriation, de la négation de l’identité palestinienne et celle, officielle, enseignée au lycée par le pouvoir dominant. Sur un mur, un tag rappelle : « Le jour de leur Indépendance [création de l’Etat d’Israël] est le jour de notre Nakba [l’Exode palestinien de 1948] ». Tiraillés entre une citoyenneté israélienne et une appartenance viscérale à la Palestine, entre des familles qui veulent s’intégrer à Israël, ne pas faire de vagues – comme celle de Tamer – et celles qui résistent. 

Alam est l’histoire d’une initiation amoureuse et politique, d’une prise de conscience, du basculement d’une relative innocence à une révolte qui passe par l’épreuve du feu et du sang.

Une histoire sans fin

L’Internationale dans la vieille maison investie par Tamer, s’entend dans un mug qu’on soulève, associée à ce gadget, mais The Partisan de Léonard Cohen qui retentit, bouleversant,  à la fin du film, devient l’hymne de toutes les résistances. Et de la lutte qui n’est jamais finale, pour la libération dont « le commencement », rappelle le père d’un ami de Tamer, est « de pouvoir hisser son drapeau et le summun d’avoir le droit de le brûler » pour échapper au nationalisme, source d’autres injustices.

La maison de Mayssa, celle des parents de Tamer et la vieille demeure familiale où s’est réfugié le jeune homme, encombrée d’objets des années 1950-60, donnent sur un même espace scénique. Une cour-terrain vague où chaque jour l’oncle de Tamer, autrefois brillant étudiant en médecine, incarcéré pour soupçon de terrorisme, et devenu fou en prison, fait brûler quelque chose. Il brûlera l’unique olivier de la place déserte et nue. Feu de colère qui fait table rase ou annonce d’autres incendies ? Une pluie se mettra à tomber. Pour éteindre le brasier ? Pour pleurer la mort de jeunes manifestants ? Ou pour laisser une chance à la vie aussi ardente soit-elle ? Belle image aux lectures multiples qui finit sans conclure. 

ÉLISE PADOVANI

Alam, de Firas Khoudry
En salle le 7 juillet

Le film a été présenté à la dixième édition du festival Aflam.

Coup de cœur du Jury Music & Cinema Marseille 2023 pour la compétition internationale.

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