Ils sont venus de toute la région Provence‑Alpes‑Côte d’Azur et de Corse : plus de 2 000 personnes ont assisté au spectacle Boudchart, savamment orchestré par Amine Boudchart, samedi 31 janvier au Silo, à Marseille – après être déjà passé par Montréal, Carthage ou Montpellier.
En quelques années, le compositeur s’est imposé comme l’une des figures les plus singulières de la scène musicale marocaine, portée désormais par un succès international. Ce triomphe répond aux attentes des diasporas en quête de transmission patrimoniale à travers le monde. À rebours du modèle de la star intouchable, il fait du public le véritable cœur battant de ses concerts, transformant chaque salle en chorale géante. Communiqué en amont, le livret des paroles permet à chacune et chacun de se préparer et de maîtriser les textes, afin d’entrer pleinement dans l’interprétation collective.
Un parcours atypique
Né à Mohammédia en 1989, ce compositeur franco‑marocain incarne une génération pour qui frontières et cultures sont devenues poreuses. Au‑delà des classiques, ses compositions donnent à entendre la condition cosmopolite des Marocains du monde. Avec des œuvres comme Mosaïca, Bartiya Groove ou Jalsa, il tisse un paysage sonore où se répondent influences amazighes, andalouses, arabes et africaines.
Sur scène, le cœur du phénomène Boudchart tient dans un geste simple : inviter le public à devenir chorale. Le concert se mue alors en véritable « expérience collective » où les spectateurs chantent à l’unisson des titres issus d’un patrimoine musical largement partagé. De l’emblématique Hajja El Hamdaoui à Ragheb Alama, en passant par Warda, Dahmane El Harrachi ou le groupe Babylone, c’est une ronde de célébrités qui est convoquée sur scène et portée par des milliers de voix. Sans compter l’aide des invités de la soirée, tels que Miry, Oualid Nadi et le groupe Issawa El Asri, qui ont pleinement participé à l’ambiance générale.
Dans un contexte de consommation culturelle fragmentée, ce chœur éphémère redonne corps à l’idée de communauté tout en réinventant les codes du spectacle live. Figure de la créolisation des mondes arabes, amazighes et africains, Amine Boudchart se pose en passeur de mémoires, ancré dans plusieurs traditions musicales tout en innovant dans les formes. En réorchestrant des classiques arabes pour un format choral massif, il opère un double mouvement : actualiser un répertoire associé à des héritages communs et retisser des liens dans une région fragmentée par les rivalités diplomatiques et économiques. Cet héritage musical, largement revisité par les artistes contemporains, trouve ainsi un nouvel écho auprès de publics jeunes et connectés.
SAMIA CHABANI
Concert donné le 31 janvier au Cepac-Silo, Marseille
Retrouvez nos articles Musiques ici
Nos articles Diasporik, conçus en collaboration avec l’association Ancrages sont également disponible en intégralité sur leur site





