jeudi 1 décembre 2022
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Atypique et universel, le jazz de Charlie

Les 4 et 5 novembre s’est tenu le Rendez-vous de Charlie. Un voyage poétique où le jazz s’est fendu de quelques entrées en Orient

La salle Guy Obino affichait complet lors des deux soirées consacrées au Rendez-vous de Charlie, festival d’automne instauré en écho à celui de l’été par l’association Charlie Jazz. Cette année, les choix du programme nous emportaient au cœur de multiples orbes poétiques où le sens de la mélodie et des harmonies dessinait de subtils en envoûtants paysages musicaux

En ouverture, la chanteuse Marion Rampal présentait les pages de son nouvel album Tissé, passant de l’anglais au français avec la même aisance, chaque langue déployant sa musicalité propre. Les intonations de l’artiste, sa manière inoubliable de prononcer certaines syllabes, nimbent d’une poésie vibrante les textes où il est question de beauté, d’espérance, de choses qui font du bien à l’âme et accordent leur lumineuse présence au quotidien. La batterie de Raphaël Chassin, la guitare de Matthis Pascaud, la contrebasse de Simon Tailleu soulignaient avec brio les diverses atmosphères, détour par le cajun, le blues, la soul… La ballade chaloupée A volé évoque un amour sans lendemain, Tisser nous transporte en Louisiane, Reminder développe son univers intimiste, tandis que Blossom nous enveloppe de douceur. Le guitariste et chanteur Piers Faccini était invité au cours du concert à mêler sa voix à celle de Marion Rampal, duos oniriques qui nous questionnent : « où sont passées les roses ? », ritournelle délicate. Un mysticisme onirique se dégage de cet ensemble, relayé par le second concert de la soirée, porté par la guitare de Bill Frisell. La voix de Petra Haden se glisse avec sobriété dans les standards réinventés par Bill Frisell avec la complicité de Luke Bergman (guitare, voix) et de Hank Roberts (violoncelle, voix). Tout prend alors une forme d’évidence, c’est la première et la énième fois que l’on a entendu ces morceaux, tant ils nous sont d’emblée familiers, même s’il s’agit tantôt de créations de Bill Frisell (album de 2019, Harmony) ou de reprises réorchestrées (lors des rappels réclamés par un auditoire subjugué). Voyage en épure servi génialement par cette formation chambriste.

Deuxième journée

Le fabuleux clarinettiste Yom venait avec son nouvel album, Célébration. Cependant, il ne se contenta pas de reprendre pièce par pièce le contenu de cet opus (« après tout, il est proposé à la vente à la sortie », suggéra-t-il), mais proposa « une longue méditation, parfois un peu “énervée, mais sans interruption ». Les tournoiements hypnotiques du piano de Léo Jassef dans la tradition d’un Philip Glass, aériens à l’instar d’un Keith Jarrett, s’unissent alors aux mélodies contemplatives de la clarinette qui emprunte parfois aux sonorités du doudouk, en un concert recueilli qui nous installe hors du temps dans un monde d’émotions.

Pour sa seule date en France, le mythique oudiste, chanteur et compositeur Dhafer Youssef présentait son dernier projet, Street of Minarets avec Daniel Garcia (piano), Arin Keshish (basse), Shayan Fathi (batterie). La voix vocalise, s’élève en improbables aigus, convoque l’invisible ; le oud esquisse les traits mélodiques en courbes élégantes, s’attarde sur un accord, une juxtaposition de sons, dialogue, espiègle avec les autres instruments, dépasse les frontières qui pourraient enfermer tel ou tel style, telle ou telle forme, telle ou telle construction. Les évolutions jazziques nouent avec l’Orient d’intimes connivences. Le lyrisme scelle la contemporanéité de cette musique inclassable. Envoûtements !

MARYVONNE COLOMBANI

Le Rendez-vous de Charlie a eu lieu à la Salle Obino de Vitrolles les 4 et 5 novembre.

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