jeudi 1 décembre 2022
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Place aux Compagnies : Aubagne aide la création

Des spectacles en cours de création, des sorties de résidence, Place aux compagnie a mis en lumière les jeunes créations de la région

Place aux Compagnies est un dispositif de soutien à la production pour les compagnies dans notre région. Un rendez-vous convivial entre les artistes et le public sur des travaux en cours proposés en sortie de résidence avant le grand saut dans les programmations. L’association Les Acteurs de la Distillerie, organise depuis 1998 des événements, des ateliers, des débats, des stages, des festivals dans ce lieu atypique et accueillant proche du centre-ville d’Aubagne.

Rouge Lie de vin

Le théâtre Comœdia a accueilli la résidence et la présentation de Rouge Lie de vin par la compagnie La Variante. Le texte et la mise en scène sont de Valérie Hernandez qui a choisi d’aborder théâtralement le sujet aussi grave qu’intime de la violence conjugale, un sujet malheureusement d’actualité. Violence due à la jalousie exacerbée par l’alcool… La sœur de la victime est interrogée par la juge, puis chargée de rencontrer le mari accusé non seulement de coups et blessures, mais aussi de viol. La sœur lui annonce que sa femme, hospitalisée et dépressive, demande le divorce. Le travail de Valérie Hernandez est tout à fait louable, d’autant plus qu’elle travaille sur le terrain avec des associations dans des quartiers sensibles d’Aix-en-Provence, anime des ateliers d’écriture. Elle a également le projet de proposer ce spectacle en milieu carcéral. Si Alexandre Charlet s’impose dans son rôle de mari violent avec justesse, Héléna Vautrin est un peu trop retenue, mais iels portent tous deux vaillamment ce texte courageux.

Un Macbeth

Selon les propres mots de son créateur c’est un « cocktail tragi-comique » que nous propose Ivan Bougnoux du Théâtre M. Il nous propulse dans l’Écosse verdoyante et brumeuse des châteaux forts et des sorcières, y installe un Macbeth shakespearien allégé, frôlant le comique, mais joue aussi le rôle du roi, de la reine, des soldats. Venu des arts du geste et du masque, danseur, comédien, Ivan a peaufiné son projet en s’associant avec un complice musicien Benjamin Balthazar : les deux font la paire. Ils établissent un dialogue fructueux. Quand Ivan éructe, vocifère et se bat avec une épée imaginaire, Balthazar souligne d’un violon, de percussions, les sifflements des épées, leurs trajectoires, les cris des combattants, les hennissements des chevaux.  Des plastiques noirs, comme des sacs poubelles, représentent les sorcières qui harcèlent Macbeth, avec un clin d’œil métaphorique au plastique qui envahit notre planète. Un spectacle astucieux et inventif qui plait aux petits et aux grands, facile à installer en plein air.

Ici les pénombres

Franck Dimech s’est attaqué à un travail sur le XVIIIe siècle, celui des Lumières, dont il s’applique à révéler les zones obscures et cachées. Cela ne nous étonne pas tant on connaît son goût pour l’étrange ou le dérangeant. L’univers dans lequel il nous entraîne mêle des situations hilarantes et scabreuses juxtaposées à l’évocation de scènes de torture ou d’exécution. Excellant dans les contrastes, il nous fait passer de scènes de cour avec roi et reine perruqués et maquillés, savourant leur confort et baffrant salement, au récit terrifiant des maladies qui rongent le peuple. C’est Dominique Bluzet, directeur des Théâtres, qui lui avait proposé de travailler sur cette époque, dont on ne connaît pratiquement que le côté brillant ; des recherches d’archives de Marie Vayssière, conçues « comme un inventaire, une collection de paroles éparses rapportées par les procès-verbaux » et les études de l’historienne Arlette Farge ont constitué un corpus abondant, mis sous forme théâtrale par Arno Calleja, donnant de cette époque un portrait glaçant dont la caricature accentue les détresses. Les comédien·ne·s ( Jung-Shih Chou, Geoffrey Coppini, Laurent de Richemond, Julien Gourdin, Mara Molinaro, Anne Naudon, Peggy Péneau et Frédéric Richard) s’en donnent à cœur joie entre cavalcades folles et farfelues, accouplements cocasses, intermèdes musicaux, le tout créant une distanciation qui permet de supporter la noirceur des récits. L’époque évoquée court de 1715 à 1789, révèle notamment des événements qui se sont passés à Marseille, durant la peste ou plus tard. Avec par exemple le procès qui opposa une jeune héritière marseillaise à son époux consul de Venise, qui la pluma alors qu’elle finit au couvent. Un spectacle intense qui mêle les anonymes aux grands de ce monde, qui peut encore, malheureusement, évoquer le nôtre. D’autre résidences permettront de développer ce projet qui pourrait se jouer dans des musées. À suivre…

L’extraordinaire n’aura pas lieu

Place aux Compagnies a fini en beauté en mettant son nez à la fenêtre : la création d’Anne Naudon et Laurent de Richemond se joue avec Peggy Chéneau aux fenêtres d’un immeuble. Le public est dans la rue et le texte est en quelque sorte pro-jeté sur lui. Il s’agit d’En vie d’Eugène Savitskaya, textes courts vantant les petits riens de la vie, à la fois « ludique(s), poétique(s) et concret(s) », pouvant toucher tous les publics. La vie y est représentée sous ses aspects quotidiens, insignifiants. Et c’est cela qui a ému Laurent qui évoque les habitudes chez ses grands-parents pendant les vacances et Anne qui aime ranger, nettoyer. De la rue on aperçoit l’intérieur de la maison, éclairé, habité. On entend le bruit de l’aspirateur, des chants d’oiseaux. Il est question d’eaux usées, de poussière, d’odeurs de latrines, d’argent qu’on jette… Deux figurants apparaissent aussi, cachés par de grands masques de rats qui « nous aiment », nous observent. Leur présence fait basculer le spectacle dans le fantastique. Seraient-ils cousins des animaux d’Alice au pays des merveilles ? Où mène donc notre quotidien ? Ce spectacle sera présent au Grand ménage de Printemps, à La Tour d’Aigues, en avril prochain.

CHRIS BOURGUE

Place aux Compagnies s’est tenu du 19 septembre au 22 octobre à Aubagne.

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