jeudi 1 décembre 2022
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Avec Roschdy et les siens

Roschdy Zem accompagné de deux de ses acteurs, Sami Bouajila et Nina Zem, était au 44e Cinemed pour présenter son dernier film, "Les miens", une chronique familiale inspirée par un accident arrivé à l’un de ses frères. Tous trois nous parlent de leur travail

Roschdy Zem

Le titre

Pendant très longtemps, le film avait pour titre Sans filtre mais lors de la présentation à Cannes, ce titre n’a pas été apprécié ! (rires) Les miens est venu très naturellement à partir de l’affiche qui montre une photo de famille avec un personnage  qui ne regarde pas l’objectif et se tourne vers eux, moi . Il y avait ainsi une belle corrélation entre l’image et le titre. Je deviens le narrateur et raconte ma famille. Une famille confrontée à tout ce qu’elle traverse, en particulier un accident. Une histoire racontée avec mes yeux.

Un film autobiographique

Quand on passe la barre des 50 ans, on commence à se rendre compte que le temps qui nous reste est plus court que le temps vécu. Cela amène à une réflexion sur soi, sur ce qu’on a parcouru et ce qui reste à parcourir, accentuée par ce qu’on a tous vécu, le confinement. J’ai réalisé que ma famille était digne d’être racontée. J’ai attendu d’avoir un prétexte : l’accident qui est aussi une façon de raconter ces 50 dernières années, cette France dans laquelle j’ai grandi et vécu, cette famille qui m’a porté, avec un regard bienveillant sur moi. Il y a là une sorte d’album photo, d’hommage qui me semblait nécessaire à ce moment de ma vie. Forcément, on réfléchit à ses propres lacunes : au fait que je me suis beaucoup consacré à mon métier et moins à ma famille. J’ai la chance de pouvoir l’exprimer à travers une fiction.  

L’écriture du scenario à quatre mains

Quand j’ai parlé de ce projet à mes producteurs, ils m’ont dit d’aller voir un film, en post production, parce qu’il avait été écrit et tourné en quatre semaines. C’était ADN. J’ai donc contacté Maïwenn pour savoir comment elle avait pu travailler aussi vite. Fort de ses explications, j’ai décidé de lui demander de travailler avec moi. Elle a apporté au film une écriture charnelle. C’est une réalisatrice qui ne théorise pas. Je ne sais pas écrire seul et j’ai toujours travaillé en binôme avec des scénaristes intellectuels. Là, j’étais avec quelqu’un qui, comme moi, s’est fait tout seul. On n’a pas usé nos culottes sur les bancs de l’école. On est des autodidactes, des instinctifs, et j’avais besoin de ça pour raconter cette histoire personnelle. Elle m’a donné les codes pour y aller de façon plus fluide, d’avoir une vraie mise à nu. Ce qui nous distingue et qui a son importance, c’est que ses films sont souvent des règlements de comptes avec sa famille. Moi, je n’ai pas de comptes à régler avec la mienne. Ce film est avant tout une déclaration d’amour. On a avancé ensemble et Maïwenn m’a permis d’avancer de façon plus charnelle, plus organique. C’est sa force à elle.

Connivences

Sami Bouajila. J’ai profité de cette proposition pour mettre à profit la complicité tacite et le parcours de vie commun qu’on a Roschdy et moi. Sachant que cela existe, que la caméra, qui est d’une froide objectivité va l’imprimer, il ne fallait pas jouer. Si cette complicité moléculaire est là, si elle est légitime, elle ressortira. Et pour moi, le plaisir se prolonge même après. On sort du réalisme et quand on peut s’épanouir là, c’est super !

Roschdy Zem. Il y a entre Sami et moi une complicité qui dure depuis trois décennies et il y a beaucoup de similitudes entre lui et mon jeune frère que Sami connait d’ailleurs. Sami est le seul acteur pour qui j’ai écrit le rôle et je ne sais pas si le film pourrait exister sans lui. Avec Sami, on a fait beau coup de films ensemble. Il y a une connivence naturelle, quelque chose d’organique qui m’émeut. Le reste du casting s’est constitué quand le scenario a été terminé.

Préparation et tournage

Nina Zem. Le film a été préparé en très peu de temps. Et on n’a pas eu vraiment le temps de se rencontrer. On ne se connaissait pas tous et cela s’est fait très naturellement dès le premier jour. On a commencé  par une scène de déjeuner dont le tournage a duré toute la journée, peu préparée. Cinq ou six heures de rencontres. C’est là qu’on a préparé la suite.

Roschdy Zem. Une dizaine d’acteurs sur le plateau dès le premier jour et, heureusement, je n’ai pas eu de problèmes d’ego à gérer ! Bien sûr, il y avait l’expérience de Sami et de Meriem Serbah, qui étaient dans une attitude de transmission. Donc cela a très vite fonctionné entre l’ancienne et la nouvelle génération. Moi, je sais « voler » des moments d’échanges mais si cela ne se produit pas, je ne peux le créer car cela deviendrait superficiel. La scène finale du film est révélatrice de ce qu’on a vécu. Elle n’est pas écrite au scenario et je ne sais pas que je vais la tourner le jour où je la tourne !  Je ne sais pas comment je vais terminer mon film. C’est le dernier jour, les acteurs sont sur le plateau. Cette idée naît naturellement et il se passe ce que vous voyez. Cela ne s’invente pas et, quand je prends Sami dans mes bras, c’est Sami, pas Moussa, le personnage.

La direction d’acteurs

Roschdy Zem. J’offre à mes acteurs un terrain de liberté. Je leur impose l’enjeu de la scène et à l’intérieur de la séquence, chacun doit trouver sa place. Chaque acteur a une fiche détaillée de son parcours et sait à quoi il aspire. Cela donne une liberté à l’improvisation. Il y a du texte certes mais on laisse vivre tout cela ; il y a deux caméras et pas de off. Tout le monde est dans le champ et les cadreurs sont aussi metteurs en scène que moi. Les plans durent entre quinze et vingt minutes. Je découvre tout sur la table de montage. J’ai un film de quatre heures et j’en tire la quintessence.

Nina Zem. Au début, il y a un peu d’appréhension d’être dirigée par son père devant toute une équipe. Et en fait, comme c’était ma première expérience de long métrage, j’avais besoin d’être un peu poussée, avec la bienveillance et l’exigence d’un père qui a su amener sa fille, son actrice, à des endroits pour pouvoir créer. Cela a été une expérience gratifiante. Je me suis sentie dirigée comme les autres acteurs.

Sami Bouajila. Je me souviens que la première fois que Roschdy m’a dirigé c’était pour Omar m’a tuer. Omar est un taiseux et c’était un combat pour lui, pour le peu qu’il avait à dire. Sur le plateau se dégage une énergie collective. Se faire diriger, ça marche à deux comme pour la danse. Il y a du désir, un dialogue. Ce n’est pas une histoire de rapports de force mais plutôt de séduction, de partage. Une mise en danger.

Roschdy Zem. Je ne sais pas être dur. Je ne crois pas qu’on puisse obtenir quelque chose en bousculant les acteurs. Quand j’ai été acteur, les metteurs en scène ont toujours obtenu de moi ce qu’ils voulaient par la douceur. Un film est une œuvre collective et il faut s’écouter. Même quand on a tourné la scène un peu violente entre Moussa et son fils qui se battent et que j’ai demandé à ma fille de crier plus fort, elle m’a dit que ce n’était pas évident car elle n’avait jamais crié !

PROPOS RECUEILLIS PAR ANNIE GAVA

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