mercredi 30 novembre 2022
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« Azor » démonte le système bancaire en petites coupures

Réaliser un thriller haletant sur le secret bancaire, sans les effets (spéciaux ou non) du genre, un film quasi bressonien à bas bruit mais à fort impact, c’est le challenge réussi par Andreas Fontana avec son premier long métrage de fiction : « Azor »

Le banquier suisse, Yvan De Wiel (Fabrizio Rongione) débarque à Buenos Aires avec son épouse Inès (Stéphanie Cléau) pour « récupérer » les riches clients argentins de la banque Keys Lama de Wiel. Keys, son associé, en place jusqu’alors, a brusquement disparu comme tant d’autres, en ces années 80 où la dictature militaire « éradique la vermine » dans tous les milieux. Qu’est-il devenu ? Qu’a-t-il fait ? Qui était-il ? Un débauché ? Un manipulateur dangereux ? Un homme bon ? Un voyou exubérant qui aurait trop parlé ? Charmant ? Ou laid comme un pou ? L’« absent » est partout, au croisement de témoignages contradictoires. Yvan va devoir se mesurer et se substituer à ce disparu, gagner sa place dans la guerre des banques qui, en ces temps incertains, proposent des refuges aux capitaux de la grande bourgeoisie ou à ceux récemment acquis par les nouveaux maîtres du pays. En cinq chapitres titrés, on suit l’itinéraire de De Wiel. « La tournée des chameaux » d’abord, rite d’initiation où il se présente aux gens qui comptent – dans tous les sens du terme. « Les visites »où il démarche les gros clients« Le duel » dans lequel il découvre le « cercle des armes », club privé fréquenté par le gratin de la junte et les concurrents américains. « Le gala »qui réunit tous les protagonistes et où il  « perd la face ». Et enfin « Lazzaro »,dernière étape qui le conduit hors des salons feutrés dans les ténèbres d’une jungle où il va enfin pouvoir se démarquer de Keys.

Grands hôtels, estancias luxueuses, intérieurs aux boiseries sombres, statuettes de bronze et sofas en cuir, les bruns et les crème, poudrés de lumière dominent à l’image. Tout est chuchoté, allusif, étrange et familier. La peur suinte mais l’horreur restera hors champ. Ambiance lourde, fantomatique, mortifère soulignée par la musique de Paul Courlet aux notes funèbres.

On croise un ambassadeur frileux, un prélat fasciste, une bourgeoise nostalgique, un chauffeur « qui rend des services spéciaux », des salauds ordinaires en costards cravates, complices. Azor signifie : « fais attention à ce que tu dis » ou mieux « tais-toi ».  Le « doux » Yvan dont la médiocrité est rehaussée par l’intelligence de sa femme, est un de ces monstres polis et policés, au langage et au comportement strictement codés. Le réalisateur dit ne pas s’intéresser à la psychologie, ce sont les environnements professionnels qui créent les récits. Les dictatures révèlent la vraie nature de la banque privée comme elle va révéler celle du protagoniste. Et le sourire d’Yvan, au dernier plan du film, est tout simplement glaçant.

ÉLISE PADOVANI

Azor d’Andreas Fontana
En salle le 12 octobre
Le film écrit en collaboration avec Mariano Llinas, concourait à la Berlinale 2021, section Encounters
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