Cinq ans après Somnole, Boris Charmatz a donné un prolongement à ce premier solo autobio-chorégraphique baigné de joie enfantine. Mais Muette, créé au Tinel de La Chartreuse (Villeneuve-les-Avignon) dans le cadre du dernier Festival d’Avignon, est nettement plus sombre. Plus direct, plus nu.
Il est né de moments passés dans des pièces sans écho, telle la chambre anéchoïque de l’Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (Ircam). Il est né aussi, visiblement, d’une douleur tue, enfouie, que le corps de Boris Charmatz, déshabillé, reflète, dans ses torsions, ses en-dedans, cette bouche cousue qui lorsqu’elle parvient encore à s’ouvrir ne pousse aucun cri, se déforme, suinte. Une chorégraphie du souffle, du râle, du grincement, beaucoup moins silencieuse qu’il y parait. Les muets ne sont pas silencieux.
Douleur transmise
Muette parvient ainsi à donner une voix à ceux qui ne peuvent parler, et parcourt durant 50 minutes cette zone, entre la glotte et les lèvres, où la parole demeure coincée, inaccomplie mais nécessaire. Lors du spectacle de clôture du Festival d’Avignon, L’Aube des questions, Boris Charmatz reprenait quelques pas de son solo, habillé cette fois, et parlant. Du poids de l’Histoire dans son histoire familiale, sur son corps de descendant de la Shoah. Muette, sans un mot, force l’écoute par le silence, et parvient à donner un corps universel à la douleur tue, transmise. Comme un Cri de Munch, en mouvement.
AGNÈS FRESCHEL
Muette
23 et 24 octobre
Studio Bagouet
Agora de la danse, Montpellier
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