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Danse d’envol et de mots à Châteauvallon

Dans l’amphithéâtre en plein air, avec vue sur la mer, la danse se taille la part du lion du Festival d’été

C’est un véritable retour aux sources pour Châteauvallon qui accueille, du 22 juin au 26 juillet, rien de moins que le Nederlands Dans Theater, Antoine Le Ménestrel, la Compagnie Accrorap et le Ballet de l’opéra national du Rhin ! Quatre propositions singulières comme autant de figures représentatives de l’art chorégraphique contemporain. Basé à La Haye, le Nederlands Dans Theater fondé en 1959 par Benjamin Harkarvy, Rudi van Dantzig et Hans Van Manen n’a cessé de se renouveler et de cheminer hors des sentiers battus pour s’imposer comme l’une des plus brillantes compagnies dans le monde. Pour preuve le diptyque The Big Crying chorégraphié par Marco Goecke et Bedtime Story par Nadav Zelner qui offrent aux interprètes un champ d’expression et de recherche gestuelle immense. Tout de noir vêtus pour mettre à nu le chagrin lié au deuil dans The Big Crying, opus très personnel de Marco Groecke, les danseurs déploient « une spectaculaire énergie au service d’une esthétique du désespoir » tandis que Bedtime Story les plongent dans un univers à la lisière du fantastique quand, au réveil, le rêve et le réel n’ont pas encore divorcé…

Avec le danseur-traçeur Antoine Le Menestrel, la poétique de la danse s’exprime au corps à corps avec la pierre des façades qu’il arpente à la fois majestueusement et humblement, pour dessiner d’émouvantes Lignes de vie. Récemment installé à la Friche la Belle de Mai à Marseille, Kader Attou convie des danseurs hip-hop du territoire à investir son propre univers le temps d’un Prélude « tout-terrain » propice à faire émerger un hip-hop renouvelé et métissé. Une belle entrée en matière pour sceller son implantation régionale.

Régulièrement invités par Châteauvallon-Liberté scène nationale avec leur Compagnie Des petits champs, les metteurs en scène Clément Hervieu-Léger et Daniel San Pedro (on se souvient de Yerma, Noces de sang, Andando Lorca 1936 ou encore Monsieur de Pouceaugnac) créent l’événement à double titre. Parce qu’ils s’allient au chorégraphe Bruno Bouché, directeur du CCN – Ballet de l’opéra national du Rhin depuis 2016, et se réapproprient le film magistral On achève bien les chevaux réalisé par Sydney Pollack sur l’histoire de couples en quête d’espoirs lors de la terrible crise sociale et économique de 1929 aux Etats-Unis. Gageons qu’ils n’entrainent pas littéralement les 32 danseurs du ballet et les huit comédiens à danser et jouer jusqu’à l’épuisement… total ! Une adaptation qui sans doute fera date car elle offre à la vue de tous la vulnérabilité de l’artiste et son engagement profond.

Pauses théâtrales et poétiques

Si le Festival d’été version 2022 a proposé pas moins de seize rendez-vous, toutes disciplines confondues, l’édition 2023 n’en compte plus que sept. Une restriction peut-être due à la présence au long cours de Bartabas (six représentations) avec son dernier ballet équestre Mozart – Requiem qui réunit pour l’occasion l’Académie équestre nationale du domaine de Versailles dont il assume l’encadrement depuis 2003, l’orchestre et le chœur de l’Opéra de Toulon dirigés par Nicolas Krüger. En 2019 déjà, Bartabas et son théâtre équestre Zingaro avaient fait les beaux jours de la scène nationale en investissant la plage du Mourillon à Toulon avec Ex Anima, un hommage au cheval en forme de rituel. Aujourd’hui, il s’inspire du rôle des chevaux dans les rites funéraires pour créer « une majestueuse offrande à Mozart – au risque de troubler les puristes » plus habitués aux versions « traditionnelles » du Requiem que celles additionnées de musique amplifiée.

Les lectures musicales résonnent particulièrement dans l’environnement boisé de Châteauvallon plus propice encore à l’écoute et à la proximité avec le verbe. Cet été, le comédien Alain Fromager – complice de Charles Berling dans la pièce Art de Yasmina Reza en 2017 – et le tambourinaire Daniel Leloux font entendre le langage déconstruit et recomposé du texte Héros-Limite du poète français d’origine roumaine Ghérasim Luca. Dans cette profération, « il y a place pour la relaxation, le rire, le foudroiement. Place également pour le désir, l’amour et la passion qui, passionnément, ne ment pas ». En prolongement de ce temps suspendu, le Collectif Ildi ! (Sophie Cattani et Antoine Openheim) fait sien Le Musée des contradictions d’Antoine Wauters, prix Goncourt de la nouvelle en 2022. Un recueil politique et poétique composé de douze discours qui permettent à l’auteur d’interroger notre monde, et au collectif de faire résonner au cœur de la forêt le « souffle ample et volubile » du texte.  Une belle manière de clôturer le festival sous les murmurations du vent et des mots.

MARIE GODFRIN-GUIDICELLI

Festival d’été de Châteauvallon
Du 22 juin au 26 juillet
Châteauvallon, scène nationale d’Ollioules
chateauvallon-liberte.fr
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