mercredi 21 février 2024
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Danser au féminin

ChoreograpHer, temps fort du Pavillon Noir, a conquis un public nombreux

C’est dans le domaine du hip-hop que Mellina Boubetra et Nach ont fait leurs premières armes. L’une y a trouvé un jeu sans cesse renouveler sur l’ancrage, la gravité et la désarticulation des corps ; l’autre, en s’immisçant dans le mouvement Krump dès le milieu des années 2000, une obsession pour la danse rituelle et le goût du récit. 

Créées respectivement en 2018 et 2021, Intro et Rehgma se pensent comme des dialogues à trois voix. La toute première pièce conçue par Mellina Boubetra vise ainsi moins l’introduction que l’introspection collective : celle d’Allison Faye, Katia Lharaig et Fiona Pincé, questionnant les possibles et limites de leurs corps raidis, exultants, discourants. Tantôt à l’unisson, tantôt en décalage, voire en réponse l’une à l’autre, les danseuses n’en dévoilent que davantage leur individualité, portées chacune à leur façon par la musique de Patrick de Oliveira. Musique qui devient, dans Rehgma, un protagoniste à part entière, incarné par un piano que Noé Chapsal et la chorégraphe elle-même viendront explorer le temps de boucles envoûtantes et d’envolées toujours surprenante. C’est ici, plus encore que la gestuelle saccadée et l’exploration de mouvements contenus dans des points de fixation différés, la capacité des thèmes et développements à toujours surprendre, à toujours adopter de nouvelles tournures, qui enthousiasme le plus durablement. Et avec elle le goût de l’abstraction qui se refuse à dénuder les corps, préférant leur offrir de nouvelles possibilités d’incarnation.

Beauté brute

C’est avant tout de corps, de physicalité et de jouissance qu’il est question chez Nach. La danseuse formée au Krump rappelle le temps d’une conférence dansée plutôt inspirée ce que ce courant né dans les ghettos de Los Angeles contient de nouveau mais aussi d’éternel en termes de rage, de rite et de théâtralité. Le flamenco et son « duende », le butô et le kathakali se frayent un chemin dans ce récit de formation se bornant à la première personne mais aussi dans une autre première pièce, Cellule, plaidant pour l’exploration sensorielle, l’expérience des limites et le goût de la beauté brute.

SUZANNE CANESSA

Spectacle donné les 23 et 25 novembre dans le cadre du cycle ChoreograpHer au Pavillon Noir, Aix-en-Provence.
Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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