vendredi 12 avril 2024
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Dom La Nena en lévitation

Avec Leon, la musicienne brésilienne déclare son amour pour le violoncelle dans un voyage multiple et poétique, à l’écoute apaisante

Le nouvel opus de Dom La Nena, Leon, scelle une rencontre éblouie entre le violoncelle et la musique classique. Dom La Nena (Dominique Pinto), née à Porto Alegre au Brésil, étudie d’abord le piano dès l’âge de cinq ans puis le violoncelle à huit. Elle devient l’élève de Christine Walevska, « la déesse du violoncelle ». Comme elle est la plus petite des élèves de la maestra, elle a alors treize ans, elle est surnommée « La Niña » (la petite), elle le gardera en nom d’artiste en portugais, La Nena… Elle suivra la tournée de Jane Birkin, jouera avec Jeanne Moreau, Étienne Daho, Sophie Hunger, Piers Faccini… Les enregistrements s’enchaînent.

Une danse sur Glass

Son dernier opus, quatrième album solo de la musicienne, entérine sa rencontre avec la musique classique et marque son retour aux sources dédié au violoncelle, à son violoncelle, nommé Leon, d’où le titre de l’album, déclaration d’amour à cet instrument qui a été le compagnon, le confident. La violoncelliste enregistre toutes les pistes, crée un univers sonore envoûtant proche des mantras par ses mélodies ostinato, ses envolées oniriques, ses ondes larges superposées à des cordes pincées, rythmiques élargies sur le ventre de bois de la caisse de résonnance. On discerne ici et là un écho de Chopin, un tournoiement de Philip Glass, un élan de danse traditionnelle (dans 2022 par exemple).

Des paysages intérieurs se dessinent, émergent d’une esquisse, d’un bourdon, d’un trait souple qui enrobe le cercle des émotions en un lyrisme délicat. La matière de l’instrument devient centrale, offrant une palette nuancée porteuse de rêves. Chaque morceau est un monde dans lequel on se love avec délectation. Le minimalisme est de mise et nous emporte dans son orbe méditatif et lumineux. On suit le parcours de la pionnière du cinéma, Germaine Dulac, pulsé par le tempo d’un cœur qui bat lentement alors que le son se double et se nourrit de palpitations invisibles, dans la pièce intitulée tout simplement Dulac. Puis on se laisse emporter dans la Valse d’Anna Karénine emplie d’échos de Chostakovitch. Un parfum du passé affleure dans Février, cédant la place au plus moderne Longe. On voyage dans les époques et la littérature au fil d’orchestrations épurées. On sort de l’écoute apaisé, en phase avec le monde. Une vraie déclaration d’amour à l’univers.

MARYVONNE COLOMBANI 

Leon, de Dom La Nena
Sabia / Big Wax / Alter K
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