jeudi 1 décembre 2022
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Exils chorégraphiques

En programmant Merge et Qué Bolero, actoral met à l’honneur deux jeunes chorégraphes marseillais. L’un qui vient du Nord, l’autre des tropiques

L’un est Canadien, l’autre Cubain. Le premier crée seul, le second en collectif. Liam Warren et Làzaro Benitez sont tous deux chorégraphes. Marseille est leur refuge, actoral le festival qui les réunit. Dans l’espace comme dans le temps. Car c’est à la Friche la Belle de Mai et à un jour d’intervalle que les deux artistes présentent leurs projets respectifs. À part cela, et une relation d’estime et de camaraderie, pas grand-chose dans leur travail ne semble rapprocher ces danseurs aux teints contrastés. Làzaro Benitez se revendique du mouvement d’artistes indépendants qui ne sied pas aux attentes des institutions cubaines et qui est descendu dans la rue à plusieurs reprises ces dernières années pour exiger « les droits à liberté d’expression et à exister tels qu’ils sont ». À la différence de Ricardo Sarmiento et Luis Carricaburu, les deux autres membres du Colectivo Malasangre et co-créateurs du spectacle Qué Bolero qu’il a retrouvés par hasard en Europe après avoir suivi les mêmes études artistiques à La Havane, Làzaro, lui, « ne nie pas tout ce que produit de favorable la révolution cubaine ».

« Un certain engagement social »
C’est cette différence d’approche comme de parcours artistique qui renforce l’esprit collectif du trio. « Vivre l’expérience de notre exil européen nous a permis de comprendre que beaucoup de choses nous rassemblent et que très peu nous séparent », souligne le Caribéen. Chez Liam Warren, la prise de conscience de sa condition « d’exilé » ne fut pas si naturelle. « Je suis blanc », sourit-il en montrant ses bras aussi pâlichons que musclés. Cet ancien élève de l’École nationale de ballet du Canada, passé successivement chez Alvin Ailey à New York et Angelin Preljocaj à Aix-en-Provence est à l’initiative, avec l’association RML, d’un groupe de danseurs amateurs réfugiés LGBTQIA+. Et un jour l’un deux de lui rappeler qu’il était comme eux : un migrant. Une réalité qui indirectement impacte sa pièce Merge. « En arrivant à Marseille, je me suis interrogé sur comment m’adapter et l’intégrer. Dans cette ville qui est un carrefour de langues, de cultures et de codes différents, une forme de tension charge les rues d’une énergie folle. Cela demande une capacité à toujours être prêt à renouveler la manière dont on approche les uns les autres. Pour moi, être artiste à Marseille exige un certain engagement social dans sa pratique », développe le chorégraphe.

Liam Warren © Marc-Antoine Serra



« Nouvelles propositions chorégraphiques »
En résulte une performance où cinq interprètes tracent des trajectoires circulaires qui s’entrecroisent. De ce mouvement surgit quelque chose de moléculaire et cosmique, une forme d’unisson vulnérable qui éclate et se reforme, affirmant la possibilité de rester soi dans un acte collectif. Dans Qué Bolero o En tiempos de inseguridad nacional, titre complet de l’œuvre du Colectivo Malasangre, les Cubains ont voulu réagir aux événements récents dans leur pays d’origine, mettant en miroir la réalité vécue par la population et leur position de migrants en Europe. Inspiré par la vie nocturne et multiculturelle de La Havane, le trio déconstruit les clichés sur l’île et questionne l’hégémonie de la masculinité autant que la figure centrale du chorégraphe dans le processus de création. Le tout sur fond de Boléro de Ravel que les danseurs ont décidé de « séquestrer » pour s’inscrire à leur manière dans le patrimoine universel.
Pour Hubert Colas, directeur d’actoral, cela ne fait aucun doute : « Liam et Làzaro sont deux artistes d’ici qui émergent du lot des nouvelles propositions chorégraphiques. Làzaro est solaire, Liam un peu plus obscur. L’un a une écriture plutôt vivace quand l’autre s’exprime de manière davantage introspective. Et c’est pour la singularité de leur être” et de leur “être artiste” que » le programmateur a décidé de les accompagner.
LUDOVIC TOMAS

Merge
4 et 5 octobre

Qué Bolero o En tiempos de inseguridad nacional
5, 6 et 8 octobre
Friche la Belle de Mai, Marseille
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