vendredi 1 mars 2024
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« Hélène après la chute » : fastueux et fastidieux

Pour sa dernière création, Simon Abkarian imagine les retrouvailles tumultueuses d’Hélène et Ménélas après la fin de la guerre de Troie, et développe deux personnages complexes

Troie vient de tomber, après dix années d’une guerre sanglante déclarée par les Grecs en représailles dudit enlèvement d’Hélène. Pâris, son amant et ravisseur, est mort de la main du roi Ménélas, son époux. À la veille du jugement qui cèlera le sort de l’ancienne reine de Sparte, Ménélas demande à la voir. Avec Hélène après la chute, Simon Abkarian s’est donné le défi de combler un vide laissé dans la mythologie grecque en racontant ces retrouvailles, révélant les deux personnages mythologiques dans toutes les nuances qu’il leur imagine. Les spectateurs découvrent un Ménélas (Brontis Jodorowsky) vulnérable et meurtri, qui peine à répondre à Hélène (Aurore Frémont), cynique, qui le provoque, moque ses silences, et l’encourage à la violer, ce à quoi il se refuse. Dans cette joute verbale pleine de rancœur, chacun tente de blesser l’autre et de le ménager dans le même temps. Elle lui donne les raisons de son départ, assumant pleinement la responsabilité de celui-ci. Il lui parle de sa douleur. Ensemble, ils évoquent leur amour passé. De l’un contre l’autre, la colère se retourne contre leur rang et les obligations qui y sont liées. Le mariage forcé qui, même s’ils s’aimaient, leur a volé leur innocence d’enfants. L’injonction à l’honneur et à la virilité pour lui. La dépossession de son corps et de son destin pour elle. Un dialogue émancipateur, sublime, tressé de métaphores lyriques qui jouent sur les mots dans la veine de l’écriture classique, ce qui peut parfois le rendre difficile à saisir. Malheureusement, la mise en scène ne met pas toujours en valeur le texte, ne ménageant pas assez de respirations pour permettre au spectateur d’assimiler toute la beauté du discours.

Des comédiens brillants mais…

De la même façon, la scénographie contrebalance assez maladroitement l’intimité qui devrait être induite par ce huis-clos. Le décor se veut fastueux, pour un souci de cohérence dramatique – l’action se déroulant dans la chambre du défunt prince Pâris. Dans les faits, le plateau est encadré par des miroirs légèrement déformant, un choix peut-être suranné mais qui présente l’avantage de mettre en valeur le superbe travail de lumières conçu par Jean-Michel Bauer. Au centre, un canapé mobile et sur le côté, vers le fond, le piano de Macha Gharibian, qui accompagne l’action de sa musique et de sa voix. La musicienne est habilement intégrée à la mise à scène par des adresses directes des protagonistes à son égard, faisant d’elle un personnage à part entière, ce qui aurait pu être intéressant si cela était tenu tout au long de la pièce. On ne s’explique pas non plus le choix de Simon Abkarian de faire venir sur scène deux figurants qui promènent le canapé pendant les interludes musicaux, dans un ballet qui n’a pas grand intérêt.

La mise en scène serait donc bien fade, si ce n’était pour l’excellente direction d’acteurs et, de fait, le jeu brillant des comédiens, on pense notamment à la physicalité impressionnante d’Aurore Frémont. Tous deux incarnent leur texte avec justesse, traversant tout un panel d’émotions avec subtilité, à l’exception de changements brutaux de tonalités lors d’explosions de colère, rompant le charme qui peine déjà à s’installer.

CHLOÉ MACAIRE

Hélène après la chute était présenté du 19 au 22 décembre à La Criée, théâtre national de Marseille
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