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« Je verrai toujours vos visages », le pouvoir des liens

Autour du thème de la justice restaurative, Jeanne Herry signe un nouveau film sensible et inspiré

« Je ne suis pas très douée pour montrer du doigt tout ce qui ne va pas. Ce qui m’anime, c’est de montrer ce qui marche. » Cette confidence, lâchée au fil d’une rencontre avec la réalisatrice Jeanne Herry, résume à elle seule l’originalité et la force de ce cinéma décidément singulier. Héritier d’un certain cinéma social, soucieux de montrer les marges, leurs rouages et les petits miracles qui s’y nichent, il emprunte également ses intrigues, sa force narrative et son sens du symbole au genre policier.

Porté par une direction d’acteurs millimétrée, Je verrai toujours vos visages se révèle tout aussi efficace et puissant que Pupille, son précédent long-métrage, sorti il y a cinq ans. On retrouve d’ailleursplusieurs acteurs et actrices déjà présents dans Pupille : Élodie Bouchez, de moins en moins rare (et c’est tant mieux !) ; Gilles Lellouche, de nouveau sollicité pour mettre à mal sa virilité naturelle ; et évidemment Miou-Miou, mère de la scénariste et réalisatrice, sur une partition plus délicate. La distribution est ici carrément superlative : Adèle Exarchopoulos, Jean-Pierre Darroussin, Leïla Bekhti, Denis Podalydès et Fred Testot complètent ce casting cinq étoiles, en compagnie de nouveaux venus plus que prometteurs. Soit Suliane Brahim, Dali Benssalah ou encore Birane Ba, tous plus talentueux les uns que les autres.

Le tout pourrait cependant sonner bien faux. Après s’être, avec Pupille, intéressée aux mécanismes de l’adoption en y scrutant chaque étape (accouchement sous X, aide sociale à l’enfance …) c’est aux rouages de la justice restaurative que Je verrai toujours vos visages s’intéresse. On y croise des victimes de violences et des auteurs d’infractions, confrontés les uns aux autres par des dispositifs propices à de beaux échanges. Délinquants, criminels, victimes se rencontrent sous le regard et la supervision d’interlocuteurs attentifs pour comprendre, apprendre et grandir. Casse-gueule, le dispositif fonctionne cependant à pleins tubes. Il faut dire que la réalisatrice est, de son propre aveu, « passionnée avant tout par le lien : par ceux qui les nouent, les défont … Par leur effritement mais aussi par leur renforcement. C’est vraiment tout ce qui m’intéresse. »Et cela se voit.

SUZANNE CANESSA

Je verrai toujours vos visages, de Jeanne Herry

En salle le 29 mars

Le film a été présenté en avant-première au cinéma Le Cézanne à Aix-en-Provence, et suivi d’une rencontre avec son équipe.

Suzanne Canessa
Suzanne Canessa
Docteure en littérature comparée, passionnée de langues, Suzanne a consacré sa thèse de doctorat à Jean-Sébastien Bach. Elle enseigne le français, la littérature et l’histoire de l’Opéra à l’Institute for American Universities et à Sciences Po Aix. Collaboratrice régulière du journal Zébuline, elle publie dans les rubriques Musiques, Livres, Cinéma, Spectacle vivant et Arts Visuels.
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