jeudi 18 avril 2024
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Un melting-pot musical à Correns

Comme souvent, de multiples univers musicaux se sont donnés rendez-vous au Chantier. Cette fois autour du projet Mburu

« Buru », c’est le pain en wolof mais aussi la tête, le sommet en basque… La multiplicité des traductions possibles contribue à la richesse du terme dont aucune signification n’est vraiment choisie par le quartet formé autour de Pape Amath N’diaye, alias Paamath, en résidence d’enregistrement au Chantier de Correns. Chacun des musiciens vient d’un univers différent : Paamath (guitare, chant, compositions) s’inspire de ses racines sénégalaises, Jean-Paul Raffit (guitares électriques, compositions), fondateur de l’Orchestre de Chambre d’Hôte développe un son original venu principalement du jazz, Isabelle Bagur (flûte traversière) est une musicienne classique qui a été soliste à la Kamerata d’Athènes, enfin, Eliot Saour est comédien, mais se livre avec brio à l’art de la Beat Box. 

Lors de la présentation/entretien qui précède rituellement les concerts proposés par le Chantier, Frank Tenaille, directeur artistique de cette structure, centre de création des nouvelles musiques traditionnelles et musiques du monde, insistait sur le métissage inhérent à cette formation. « L’important, c’est l’émotion produite, sourit Paamath, le langage que j’emploie dans mes chansons est assez intraduisible, il est forgé à partir des sonorités du wolof et de la langue des Pyrénées. Ce dialecte imaginaire laisse parfois naître des bribes de sens, mais l’essentiel est de transmettre l’informulé, ce qui nous touche au-delà des mots. Cette langue inventée distille des sentiments qui la plupart du temps ne sont pas habillés de mots significatifs et ici ils sont enveloppés dans un orbe poétique de sens. » 

Conteur fantastique

La voix du chanteur peint des paysages tandis que la musique de Jean-Paul Raffit invite les mots à une « valse du fond des temps », incandescente. Les musiques traditionnelles, le jazz, le blues, un brin de choro, le classique et le beatbox, offrent un écrin subtil à cette performance sensible. Ces musiques se tissent, s’écoutent, trouvent de nouvelles et poignantes harmonies sans jamais se perdre, ni se dévoyer. Un hymne à la richesse de l’humanité profondément émouvant car il nous dit que s’entendre et s’écouter est possible, sans se renier. Le superbe Chant de la Terre se pose sur l’amples nappes sonores, on se retrouve au fil de l’eau, on danse sur les crètes des notes, on rit avec la démonstration cocasse d’Eliot Saour et son irrépressible beat box. Un texte est cependant formulé en wolof et en français, le poème de Birago Diop, Le chant des rameurs, (« J’ai demandé souvent / Écoutant la Clameur / D’où venait l’âpre Chant / Le doux chant des Rameurs »). Paamath, outre son recours au chant, est un conteur fantastique, que ce soit en une langue compréhensible ou pas, ses attitudes, ses poses sont celles d’un narrateur éloquent que l’on se plaît à écouter, dans ses élans, ses arrêts, ses accélérations, ses murmures. Une pépite ! 

Le CD qui portera le nom MBURU sortira en décembre, une très belle idée de cadeau !

MARYVONNE COLOMBANI

Mburu a donné son concert le 17 mars au Chantier, à Correns. 

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