mercredi 30 novembre 2022
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Jean-Marc Larché prend le ton des légendes

Le 1er octobre, Jean-Marc Larché était sur la scène du Moulin à Jazz. Une performance où les récits comme les harmonies, se sont faits vibrants et malicieux

Le son feutré, boisé, élégamment duveteux du saxophone ténor de Jean-Marc Larché nimbe les univers de son quartet d’une atmosphère propice au mystère. À l’éclosion de mélodies d’emblée évidentes, portées par des phrasés ostinato, étoffe moirée de songes où éclosent les souvenirs de contes et de récits. Voici le Casanova de Fellini, le saxophoniste sourit : « je l’imagine particulièrement dans la scène au cours de laquelle il danse avec une poupée, j’aime beaucoup cette petite valse ». Il y a quelque chose de malicieux dans l’introduction du récit mélodique, un petit sourire espiègle. Saxophone et violon se mettent à l’unisson, puis dévient de leur route commune, le piano rêveur s’empare d’une comptine, change de mode pour une interrogation réitérée et inquiétante. Les percussions (Michele Rabbia) soulignent de leur légèreté inventive les développements d’une intrigue qui se trame… Les quatre musiciens sont de subtils conteurs qui nous embarquent à la découverte des personnages qui les hantent, Barbe Bleue, le diable (ou plutôt les « narines du diable », fontaine à deux ouvertures accordée par la bonne fée d’une vallée de Franche-Comté où habite Jean-Marc Larché), Johannes Kreisler en souvenir de Schumann, le Titan de Malher… Il n’est plus de frontières entre les genres musicaux, les citations « classiques » ou « contemporaines » nourrissent le jeu. Piano aérien de François Couturier où l’on se plaît à retrouver quelques accents de Philip Glass, mais aussi de Schumann ou Debussy, violon (Régis Huby) qui sait s’envoler mais aussi exploiter la matière de ce qui le compose, bois, cordes, saxophone ténor dont la voix se meut en souffle, avant de s’emporter en rêveries fantasques, percussions enfin qui scandent des routes oniriques. On gardera longtemps en mémoire la composition de François Couturier en hommage au cinéaste Andreï Tarkovsky (auquel il avait emprunté son nom pour son Quartet, sans doute en raison des mots de Bergman, « Tarkovsky se déplace dans l’espace des rêves avec évidence », formation où jouait déjà un certain Jean-Marc Larché) et la sublime Pavane au rythme lent qui nous emporte hors du monde alors que le chant des baleines (scie musicale de Michele Rabbia) anime de ses respirations la coulée du piano et que le saxophone forge de nouvelles et pourtant déjà familières harmonies.
MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 1er octobre au Moulin à Jazz (invité par Charlie Jazz), à Vitrolles.

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