mercredi 28 février 2024
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La tradition, d’arrache pied

Cette année encore, la sélection Art, Patrimoine et Culture du Primed, nous a révélé des usages du monde étonnants

Les Marseillais connaissent la tradition de l’ascension vers Notre-Dame de la Garde à genoux ou avec des pois chiches secs dans les chaussures… mais c’est une épreuve bien douce comparée à celle que s’infligent les Italiens du petit village de Pacentro dans les Abruzzes. Là, depuis la nuit des temps, le premier dimanche de septembre se déroule une course, pieds nus. On s’élance d’abord d’une falaise aux roches vives dans une pente à 80% vers un ruisseau pour remonter dans la pierraille et les ronces, les talons déchirés, les voutes plantaires dépecées, vers l’église où la Madona di Loreto et les soins infirmiers attendent les participants. C’est la Corsa degli Zingari, littéralement la course des « gitans ». Un rite cruel qui viendrait d’un seigneur féodal promettant un grade de chevalier au gagnant. Sans doute d’origine plus lointaine, initiatique et païenne. Roberto Zazzara, dans Carne et Ossa, le documentaire retenu par le Primed 2023, s’intéresse à cette tradition, à son ancrage dans le pays, aux motivations très variées de ceux qui s’y risquent. 

Épreuve cruelle

Face caméra ces derniers témoignent, élaborant un récit choral. Peu le font par dévotion à la Vierge. Pour certains, il s’agit de suivre une tradition familiale qui va de soi quand on est né là. Pour d’autres de se surpasser, de répondre à un défi. Pour d’autres encore, de montrer son « courage d’homme ». Les conditions ont un peu évolué. Désormais, on s’y prépare. Le monopole mâle a pris fin car un jour, une femme s’est inscrite et a réussi à atteindre l’Eglise ouvrant la voie à d’autres. L’événement est devenu plus folklorique aussi – des étrangers viennent y assister. Mais la course demeure ancrée dans le patri-matri-moine. Aucun villageois ne la remet en question. Le réalisateur s’attache à comprendre et à traduire ce qui fait la spiritualité de cette épreuve cruelle, sacrificielle et sa pérennité.

Les documents d’archives en couleurs criardes – vidéos amateurs où l’image à gros grain, souvent floue, tremblote, s’opposent au documentaire en noir et blanc et à une photo superbement composée qui rappelle que Zazzara est aussi chef op. La suite de plans fixes qui constituent la dernière séquence des 50 minutes du film, donne comme des clés au mystère. Le village isolé immuable au cœur des montagnes, aux maisons serrées autour du clocher. Le cycle des saisons. Le défi permanent d’un paysage austère et somptueux. Les statues de la Vierge enguirlandées de lumières. Le sol glacé de l’église où gravé dans la pierre, on lit « Carne e Osso ».

ÉLISE PADOVANI

Carne e Ossa, de Roberto Zazzara a été projeté le 6 décembre à la mairie des 1/7 de Marseille, dans le cadre du festival Primed.
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