lundi 27 mai 2024
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Le printemps orageux d’Israel Galván

Le charismatique danseur espagnol Israel Galván s’est emparé avec fureur du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky, sans jamais chercher à plaire

La feuille de salle donne le ton. Écrit en gros : Israel Galván. Le titre ? La Consagración de la Primavera, sous-titré en français « Le Sacre du Printemps ». Le public est bien là pour voir la star du flamenco. Ses fans comme ses détracteurs. Sur la scène trônent deux pianos dans la pénombre. À pas discrets, les musiciens David Kadouch et Guillaume Bellom s’installent. Les notes s’échappent de leurs instruments tandis qu’un bruit sourd tonne comme une mesure démesurée. Bien sûr, c’est l’œuvre d’Israel Galván, habillé de noir, une fleur dans les cheveux. La mélodie de Stravinsky se révèle aussi musicale que rapide, alors que le danseur enchaîne des mouvements ultra-rythmés, fluides, nerveux et d’une grâce absolue. Sa signature en quelque sorte. Pourtant, tout semble évoluer en désaccord : la partition jouée à quatre mains et la chorégraphie traversée de fulgurantes réminiscences classiques. 

Tellurique
Les pianos ralentissent avant que les notes ne dégringolent à nouveau. Bien que Galván soit temporairement absent de la scène, on repense aux mouvements qu’il a dansés juste avant, qui semblent prendre sens en décalé. C’est alors que le maestro tellurique revient, véhicule mouvant d’une pulsation primaire. Ses pas sonnent, pianotent le sol avec emphase. Il faut bien deux pianos et un duo de virtuoses pour lui faire front en harmonie et ne pas lui laisser prendre le pouvoir sur le tempo. Le danseur semble jouer sa propre partition sonore, frappant avec ses pieds, ses mains, son corps, le sable sous ses pas, des castagnettes… Quand il apparaît en longue jupe noire, figure bi-genre fascinante, on entend ses pas vivaces sans les voir. Du pur Galván, musicien autant que danseur. Comment ne pas penser à l’avant-garde de la musique de Stravinsky mais aussi du ballet original signé Nijinski, tout en se demandant si le Sévillan n’en a pas piqué quelques bribes avant de les réinjecter à sa manière dans sa propre chorégraphie. Les dernières notes s’éteignent dans le silence. Le public se lève, majoritairement conquis. Ses détracteurs repartent avec la conviction qu’Israel Galván est toujours aussi incontrôlable, hors normes, librement flamenco. Et tant mieux. Le ballet original, lui, avait fait scandale lors de sa création avec les Ballets russes, au Théâtre des Champs Élysées à Paris.

ALICE ROLLAND

Israel Galván a donné La Consagración de la Primavera, le 22 février, à l’Opéra Berlioz - Le Corum, Montpellier. 
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