lundi 15 juillet 2024
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Le Songe éveillé de Gwenaël Morin

Le metteur en scène présente à la Maison Jean Vilar une version exaltée et audacieuse du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare.

La comédie estcomplexe. Écrite en 1595 mais située dans l’Athènes antique, elle entremêle plusieurs histoires et oppose le jour à la nuit. Une troupe de comédiens amateur, formée d’artisans, prépare une pièce de théâtre, tandis qu’un couple d’amoureux, les nobles Hermia et Lysandre, fuit la ville pour échapper au mariage avec deux autres jeunes nobles…  et que s’affrontent le roi des elfes et la reine des fées, et que le roi et la reine d’Athènes observent le tout. Tous vont se retrouver dans une mystérieuse forêt le temps d’une nuit et d’un songe.

Gwenaël Morin fait jouer le texte dans son intégralité, et sur un rythme soutenu. Et pour ne rien simplifier à l’enchevêtrement, chaque comédien joue plusieurs rôles. Ils sont six. Les historiques du Théâtre permanent d’Aubervilliers fondé il y a 20 ans par le metteur en scène -Virginie Colemyn, Julian Eggerickx, Barbara Jung et Grégoire Monsaingeon- ainsi que deux acteurs amateurs, Jules Guttier et Nicolas Prosper. Tous interprètent quatre ou cinq personnages.

Pour être distingués dans les différentes intrigues qui se jouent en parallèle, ils changent de costumes, sur scène. Leurs tenues symboliques -une branche de lierre, une toge athénienne, de simples habits de ville, ou juste leurs sous-vêtements noirs- sont souvent le seul indice qui indique au spectateur le changement. Qui se surajoute au changement d’amoureux, puisqu’il est question en cette nuit de songe de philtre d’amour, et d’aveuglement.

L’amour est théâtre

La pièce se joue dans le jardin de la rue de Mons de la Maison Jean Vilar, une belle parenthèse sauvage au milieu de la ville. La scène, à même la terre battue et sans délimitation, permet aux comédiens de se cacher dans la végétation, de courir autour des gradins, d’occuper l’espace. Un espace épuré, avec juste deux grandes lampes, quelques chaises en plastique et deux tableaux.

Pas de féérie dans cette mise en scène, mais une réflexion sur les jeux de l’amour, et leur représentation. Baroque, le Songe de Shakespeare présente l’amour comme changeant et passager. Celui de Gwenael Morin propose une mise en jeu de l’amour au théâtre. Les sentiments exaltés, celui de quatre jeunes gens, mais aussi le désir grotesque mais très charnel, de la reine des fées pour un âne, ou l’amour de Pyrame et Thisbée joué par les artisans travestis. Comique de répétition, petite danse au milieu d’une tirade, et bien sûr quiproquos alimentent la quadrangulaire amoureuse. La représentation finale grotesque de la pièce dans la pièce par les comédiens athéniens conclut le spectacle sur un fou-rire collectif du public.

Le Songe est la première des quatre pièces, une par été, que va présenter Gwenaël Morin. Démonter les remparts pout finir le pont, c’est le nom provocateur qu’il a donné à cet engagement qui a vocation à construire un répertoire de « grands classiques » choisis en fonction de la langue mise à l’honneur par le Festival.

Rafael Benabdelmoumene

Le Songe a été diffusé sur France 3 Provence-Alpes-Côte-d’Azur le 27 juillet, et sera joué  à Martigues le 21 novembre 2023.
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