vendredi 21 juin 2024
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AccueilScènesLes mots de l’enfance s’impriment à La Criée 

Les mots de l’enfance s’impriment à La Criée 

Avec L’Enfance à l’œuvre, Robin Renucci et Nicolas Stavy célèbrent une union pudique entre littérature et musique

Conçu autour de tubes littéraires et musicaux des XIXe et XXe siècles, le spectacle L’Enfance à l’œuvre, conçu et interprété par Robin Renucci et Nicolas Stavy, avait connu un succès certain lors de sa création en 2017 au Festival d’Avignon. Six ans plus tard, le directeur du théâtre de La Criée l’a transposé sur la scène de sa grande salle, renommée Déméter par ses soins.

Si le dispositif semble au premier abord simple, l’idée centrale du spectacle étant d’établir une conversation entre littérature et musique, le thème commun des œuvres n’a rien de simpliste : il s’agit ici de revisiter l’enfance et de comprendre comment certains souvenirs permettent aux individus de se développer, et au désir d’écriture de naître. Les textes autobiographiques de Romain Gary et Marcel Proust, centrés sur des figures maternelles imposantes, dialoguent avec la mélancolie et le souffle romanesque des œuvres de Schumann, Tchaïkovski, Rachmaninov et César Franck. Les envolées poétiques d’Arthur Rimbaud et Paul Valéry s’immiscent entre les Poèmes de Scriabine et les mélodies de Schubert.

Puissante et empressée

Les effets sont rares mais toujours efficace : l’acteur s’assied sur une chaise, ouvre un livre, le repose sur un bureau, module sa voix pour imiter l’accent russe de la mère ou la voix haut perchée de la petite fille qui hantent les souvenirs de Romain Gary. Le piano de Nicolas Stavy est tout aussi expressif, et mu par une passion tangible pour le répertoire choisi : les morceaux parfois doux, légers et optimistes se muent en un simple phrasé en tragédies fortes, puissantes et empressée. L’avancée d’un bout à l’autre est perceptible et progressive : le décor de fond opère une transition entre les fleurs vivantes et des fleurs fanées et imite le mouvement du lecteur qui commence à gauche de la scène et finit à droite. Les souvenirs voyagent à travers le temps, jusqu’à leur évanouissement final. Tout juste pourra-t-on regretter qu’ils ne relatent qu’une expérience masculine et un peu désuète, là où les tropismes enfantins d’une Nathalie Sarraute auraient, par exemple, eu toute leur place.

KARLA CILIEN ET ISABELLA MILLER

L’Enfance à l’œuvre a été donnée du 15 au 17 juin à La Criée, théâtre national de Marseille.

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