dimanche 25 septembre 2022
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Les Suds à Arles : sept jours en sept instants

De Rodrigo Cuevas à Bonbon Vodou, retour sur une 27e édition dont la relative sobriété n’a pas empêché les parenthèses enchantées

Vivre au rythme des Suds à Arles est une expérience festivalière peu commune. D’une année sur l’autre, les émotions varient, modulées par le relief d’une programmation plus ou moins propice au choc esthétique, à l’instant magique de la rencontre entre un artiste et le public. Dans la touffeur de juillet, l’édition 2022 a connu ses bouffées de fraîcheur.

Folklore subversif

Rodrigo Cuevas © Stéphane Barbier

On l’aurait préféré encore plus subversif comme il sait l’être dans ses clips. Mais peut-être était-il impressionné par l’austère et solennelle Cour de l’Archevêché dont une partie de la jauge était assise. Quoi qu’il en soit, Rodrigo Cuevas a conquis le public de cette première soirée des Suds à Arles dont la majeure partie découvrait celui que l’on surnomme le Freddie Mercury des Asturies. C’est dans cette province de la côte Atlantique espagnole et en Galice voisine que Cuevas a collecté la plupart des chants et airs traditionnels qui composent son deuxième album, Manual de Cortejo, réalisé en collaboration avec le trublion des musiques ibériques, le producteur Raül Refree, présent lors de deux éditions antérieures du festival. Sur scène, la tenue est une subtile combinaison de l’ancrage rural et populaire du répertoire – à travers la coiffe et les sabots notamment – et de l’affirmation d’une culture queer. Même équilibre subtil au niveau de l’instrumentation où l’électronique côtoie tambourins et accordéon et la scénographie entre pas de danse folklorique et drag show. Très bavard entre chaque titre par souci de donner un éclairage sur son travail, maniant l’humour et la provocation avec une grande finesse, Rodrigo Cuevas est aussi une belle voix qu’on n’a pas fini d’entendre.

Corée rêvée

Ak Dan Gwang Chil © Stéphane Barbier

De l’audace. Entre deux têtes d’affiche, les Suds peuvent encore s’en permettre. Programmer pour la première fois en France la formation coréenne Ak Dan Gwang Chil et en première partie du chanteur guitariste cubain Eliades Ochoa en est une. Théâtral et solaire, le groupe emmené par trois chanteuses joue avec les codes et les esthétiques, offrant un spectacle hybridant les références ancestrales rituelles autant que spirituelles, à l’imagerie manga et aux sonorités de la K-pop. Rafraîchissant.

Colombie féministe

La Perla © Stéphane Barbier

Puisque la Colombie vient d’opérer un basculement politique progressiste historique, autant inviter la génération d’artistes qui y a contribué. La Perla, trio féminin et féministe, en fait partie. Aux voix et percussions, Diana Sanmiguel, Giovanna Mogollón et Karen Forero, bien qu’originaires de Bogota, explorent avec énergie et conviction les rythmes de la région caribéenne de leur pays. Bullerengue, cumbia, merengue, gaita et champeta créole sont abordés avec une approche sociale, empreinte des enjeux actuels qui traversent le continent sud-américain. Et en introduction d’un Bernard Lavilliers quelque peu cotonneux, cela fait du bien.

Raté

Justin Adams & Mauro Durante © Stéphane Barbier

Au pic de la saison culturelle grandissent les tentations, conduisant parfois à des choix sibyllins. En ce 14 juillet, Avignon nous fait de l’œil. Et bim ! Pile poil quand Justin Adams et Mauro Durante donnent ce que beaucoup considèrent comme le meilleur concert du festival arlésien… Les commentaires se font dithyrambiques et les yeux s’illuminent à l’évocation de la proposition portée par le guitariste rock anglais et le multi-instrumentiste italien. Réunis par leur passion pour les musiques traditionnelles, Adams et Durante embarquent guitare électrique, violon, tamburello et daf, dans une joute musicale tourbillonnante menant leur dialogue vers la transe. 

Enragé

Otim Alpha © Stéphane Barbier

On aurait sans doute vibré aux sons de la formation de tradition caucasienne JRPJEJ mais le visa sèchement refusé à ces artistes rares par le consulat français à Moscou nous en a scandaleusement privé. Un sentiment alliant honte et colère à l’égard des autorités diplomatiques françaises apaisé par le voyage concocté au fil de la soirée. A peine sorti du double plateau féminin et engagé composé d’Emel Mathlouthi et Oumou Sangaré, le public est happé par les rythmes frénétiques de l’Ougandais Otim Alpha. Installé dans le jardin d’été et accompagné du producteur Leo Palayeng, l’ancien boxeur est considéré comme le pionnier de l’Acholitronix, nouveau genre musical qui offre une version électro de musiques de mariage traditionnel Acholi. Ouvrant le set avec des morceaux acoustiques et posés, il ne laisse guère planer le doute sur ce qui va suivre : un tourbillon de beats envoûtants, provoquant une incontrôlable envie de danser jusqu’à une heure avancée de la nuit.

One, two, three, viva l’Algérie !

Lemma © Stéphane Barbier

Que cela plaise ou non – y compris aux institutions partenaires – Les Suds à Arles sont un festival politique. Éminemment mais subtilement. Au détour d’un chant, d’une projection ou d’un salon de musique, messages et valeurs infusent la programmation. Sans besoin d’en rajouter. Le 16 juillet, jour du 80e anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’, c’est une fine évocation des musiques klezmer qui est proposée avec le récital d’un maître du genre, le pianiste Denis Cugnot. Sans cuivres ni violon, rendant à ce genre malmené sa dramaturgie mélodique. 2022 commémorant aussi le 60e anniversaire de la révolution nationale algérienne, la création de la diaspora ou de ses héritiers est à l’honneur de la dernière soirée au Théâtre antique. D’abord avec le groupe féminin intergénérationnel Lemma, emmenée par Souad Asla, pour une immersion dans les cultures musicales d’un sud algérien hypnotique. Puis Sofiane Saidi arbore brillamment les habits d’un raï renouvelé qui place la voix au centre d’une odyssée de sonorités futuristes. Et Acid Arab de convertir le monument romain en club électro géant. Une première aux Suds.

Créolité camarguaise

Bonbon Vodou © Florent Gardin

Le dimanche de clôture, équipes et festivaliers quittent le centre-ville pour la traditionnelle journée buissonnière en Camargue. Invité pour le concert matinal, Bonbon Vodou transpose ses élégantes ritournelles créolisées entre salins, plage et Rhône. Le duo formé par Oriane Lacaille et JereM Boucris renouvelle avec nonchalance, minimalisme et instruments de récup’, les sonorités sega et maloya. Avec parfois des détours par le continent africain ou la Nouvelle-Orléans. Abordant des sujets qui ne prêtent pas toujours à sourire, Bonbon Vodou manie poésie amère et jeux de mots aigres-doux pour un résultat chaloupé des plus sucrés.

LUDOVIC TOMAS

Les Suds à Arles ont eu lieu du 11 au 17 juillet dans divers lieux d’Arles et alentours.

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