Mathieu Simonet publie en janvier aux éditions Philippe Rey Le Grain de beauté, son huitième roman autobiographique. Trois ans après La Fin des nuages, l’écrivain revient sur les années qui ont suivi la disparition de Benoît Brayer, son mari, décédé en 2020 d’un mélanome. Le titre désigne ce grain de beauté apparu sur le sexe de Benoît à l’adolescence et qui finira par le tuer.
Fidèle à sa méthode d’écrivain-enquêteur, Simonet transforme le deuil en investigation. Il convoque ses souvenirs, les écrits laissés par Benoît, reprend contact avec ses proches et d’anciens amis qu’il n’avait jamais rencontrés. Cette plongée réserve des surprises : Mathieu découvre que l’homme avec qui il a partagé sa vie avait une personnalité plus complexe qu’il ne l’imaginait. Le livre interroge : « peut-on vraiment connaître celui ou celle qu’on aime ? »
Son mari lui ayant expressément demandé d’écrire sur lui après sa mort, Simonet livre un récit d’une franchise désarmante. Il n’élude rien : ni l’absence de sexualité dans leur couple après le mariage, ni la manière dont, après le décès de Benoît, la sexualité est devenue pour lui un moyen de se reconnecter à la vie. Le livre raconte aussi ses rencontres au cimetière du Père Lachaise avec d’autres parents endeuillés, son déménagement, ses transformations professionnelles – avocat durant vingt ans, il se consacre désormais à l’écriture – et ses tentatives pour retomber amoureux.
Marseille et les nuages
Les Marseillais ont découvert Mathieu Simonet lors de plusieurs interventions qui témoignent de son approche de la littérature. En mai 2024, au Mucem, il participait au festival « Oh les beaux jours ! » à une rencontre intitulée Le cœur dans les nuages – À travers soi, aux côtés de l’écrivain italien Paolo Giordano. Le Mucem a également accueilli en mars 2024 la Journée internationale des nuages, événement qu’il a créé en 2022 pour sensibiliser à l’appropriation et à la manipulation des nuages – thématique au cœur de La Fin des nuages.
Mais c’est aussi avec le collège Sylvain Menu du 9e arrondissement que Simonet a mené un projet ambitieux. Tout au long de l’année 2024-2025, il a enquêté avec les élèves de troisième sur le drame qui a coûté la vie à Sylvain Menu, cousin éloigné de l’écrivain et jeune héros de 16 ans, mort lors d’un accident dans les calanques le 28 juin 1981. Avec les élèves, il mène une enquête pour démontrer que les articles de journaux de l’époque contenaient des erreurs – une réflexion particulièrement pertinente à l’heure des fake news-. Une restitution publique a été donnée au Théâtre de la Criée le 23 mai 2025.
Autobiographies collectives
Depuis deux décennies, Simonet construit une œuvre à la croisée de l’enquête journalistique et de la performance. Il pratique ce qu’il appelle les « autobiographies collectives » : des récits où sa propre histoire se tisse avec celles des autres. Dans Marc Beltra, roman autour d’une disparition (2013), il enquête sur la disparition d’un étudiant en Colombie, transformant cette absence de réponse en méditation sur le deuil impossible. Il a aussi raconté sa mère dans La Maternité (2012), son père dans Barbe rose (2016), et son amie Anne-Sarah Kertudo dans Anne-Sarah K. (2019).
ANNE-MARIE THOMAZEAU
Le grain de beauté, Éditions Philippe Rey, 352 pages, 22 €




