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Des Rose et des épines

Sur son lit d’hôpital, une femme déroule sa vie, ses souvenirs dans un récit qui mélange les époques, les pays ou les régions, entrainant lectrices et lecteurs dans son sillage tout autant coloré et parfumé qu’obscur et douloureux

Maryline Desbiolles, qui n’est pas dépourvue d’imagination, s’est donné une contrainte d’écriture : demander à des femmes qui portent le prénom Rose, ou ses composés, de lui raconter leur histoire. Suite à une petite annonces sept femmes ont accepté le jeu. Elle en inventera une autre qui porte la voix des sept Rose. Une « Shéhérazade d’une seule nuit (…) sans sultan » qui raconte son histoire pour rester en vie et passer une nuit au chaud dans un hôpital, suite à des blessures dont on ne connaît pas l’origine. « Grand échalas » blessé, meurtri par des brûlures. Sa voix s’élève dans un flux continu, s’adresse à l’infirmière ou l’aide-soignante et les mots et les images se déroulent. Des personnages prennent vie, : Rosie, Rose-Marie ou Rosa, Rosina, Rosetta… Marie-Rose fut la première, la bergère qui emmenait la narratrice enfant dans les collines avec ses chèvres, vêtue d’une jupe plissée couleur du ciel. Puis les personnages de l’enfance, les grands-parents italiens, siciliens pour l’une, calabrais pour l’autre, l’accueil en France où l’une était traitée de bohémienne et rejetée avec ses sœurs et frères, les villages aux rochers gris, la cueillette des fleurs d’orangers enivrantes. Une Rose venue du Nigeria qui ne sait ni lire ni écrire évoque la traversée de la mer et du désert, sans boire ni manger. Et dans toute les histoires, l’apparition d’un cheval noir avec une étoile blanche sur le front.

Le ruban des langues

Les souvenirs se mélangent et les mots les servent avec saveur. L’évocation des origines nourrit le récit, les mots éclosent. Maryline Desbiolles entremêle certainement ses propres souvenirs à ceux des Rose quand elle évoque ces villages des Alpes maritimes qu’elle connaît si bien, comme elle en connaît les expressions et les accents, elle-même petite fille d’émigrés italiens parfois dédaignés par des locaux. Son récit commence d’ailleurs avec humour quand elle évoque les o ouvert et fermé de Rose et ces accents qui « déhanchent » la langue. La narratrice s’épanche de plus en plus auprès de l’infirmière et déverse sa parole dans le désordre comme un ruban de mots se déroulant dans les airs, la délivrant. Les anecdotes se succèdent comme des flasches qui s’allument et s’éteignent rapidement, emportant lectrices et lecteurs dans leur sillage.

CHRIS BOURGUE

Rose la nuit de Maryline Desbiolles, Éditions Sabine Wespiesser, 144 pages, 18 €
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