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Mademoiselle : la liberté se conquiert 

Dans une pièce féministe au discours libérateur, Axel Loubette rejette avec splendeur l’instrumentalisation de la différence de genre

Le 5 mars dernier au cinéma Les Lumières (Vitrolles), dans le cadre du week-end thématique « Les femmes à l’honneur », était présenté lors de la projection d’un court métrage les prémisses de la chorégraphie conçue par Axel Loubette, fondateur de la compagnie Ellipse, Mademoiselle. Le propos, déjà fortement ancré dans la problématique de la lutte féministe contre le sexisme, était lié à l’architecture du Stadium de Rudy Ricciotti, et aux paysages marqués par les boues rouges d’une ancienne décharge de bauxite. Le rouge des eaux et des terres contrastait alors éloquemment avec la pureté des tenues des danseuses. 

Mercantilisation des corps

Dans l’écrin plus traditionnel de la scène, souligné par les lumières superbement réglées par Cobalt FX, cet opus prend alors une nouvelle ampleur. D’énormes pièces de viande et un saucisson géant structurent l’espace du plateau, quatre points cardinaux d’un imaginaire discriminatoire. La première danseuse, portable à la main, se déplace d’un angle à l’autre, caressant de sa caméra les chairs exposées, métaphore de la mercantilisation du corps des femmes, réification qui les fait percevoir comme objets consommables que l’on peut se permettre d’interpeler de manière plus ou moins grasse. Ces mots d’appel, agressifs voire orduriers, repris par des voix féminines, ont peuplé l’obscurité de l’incipit du spectacle. 

L’instrumentalisation de la différence de genre est développée par les quatre jeunes danseuses qui offrent un miroir tout autant de l’acceptation des fantasmes que de leur ignoble oppression. La consommation des « viandes » sera bientôt abolie en un sursaut d’intelligente révolte. Les protagonistes se réapproprient leurs corps, rejettent les écrans, l’exposition de soi aux regards conformistes d’autrui, et, libres, exultent. Foin des clichés qui enferment les gestes et les pensées dans un genre prédéfini, la danse dynamique bouscule tout sur les musiques de Loïs Vacchetta et Axel Loubette. Lola Cougard, Naïs Arlaud, Juliette Guiraud en alternance, Géraldine Morlat, Nina Webert (assistante d’Axel Loubette pour la scénographie et la dramaturgie), incarnent avec une éloquente puissance et une époustouflante maîtrise ce discours libérateur, apothéose joyeuse et vivifiante. 

MARYVONNE COLOMBANI

Mademoiselle a été donné le 11 mars au Théâtre de Fontblanche, Vitrolles.
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