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AccueilÀ la UneMarseille : avec Emmanuel Guin et Roger Vilder, l’art en mouvement à Zemma

Marseille : avec Emmanuel Guin et Roger Vilder, l’art en mouvement à Zemma

À la galerie marseillaise, un récital d’Emmanuel Guin a dialogué avec l’exposition Motion in Live de Roger Vilder

Marc Ragouilliaux, propriétaire de la galerie, aime mélanger les arts. Il a proposé au pianiste Emmanuel Guin de jouer entouré des œuvres de Roger Vilder, lors d’une soirée placée sous le signe de la lumière, du corps et du mouvement. Cet artiste, âgé de 88 ans, est une figure du cinétisme. Débutée à New York dans les années 1960, sa carrière l’a conduit jusqu’aux plus grandes collections, avant que ce courant ne soit éclipsé par le pop art et le minimalisme. Il a poursuivi avec la morphogenèse, l’étude du mouvement de la vie. Ses œuvres, de l’électromécanique au numérique, animées et interactives, ont servi d’écrin au concert.

Emmanuel Guin a un parcours original : médecin-épidémiologiste, il est aussi pianiste et compositeur. Formé auprès de Serge Petitgirard, élève de Cortot, et d’Alain Kremski, compositeur, il travaille aujourd’hui avec Michaël Lévinas, figure de la musique spectrale. Le son, explique Guin, est une onde physique qui déplace des couches d’air, et la musique en fait percevoir l’impact sensible sur le corps. Concocté comme un voyage à travers le temps et l’espace, le récital s’est ouvert sur l’Aria des Variations Goldberg de Bach, puis L’oiseau prophète de Schumann, qui annonce avec soixante-dix ans d’avance l’éclatement du système tonal. 

Un piano, enceinte vivante

La soirée s’achève sur les œuvres de Guin, fondées sur la résonance transductive. Une enceinte posée sur les cordes du piano diffuse un enregistrement de ses compositions : par sympathie, les cordes vibrent et le piano devient un instrument vivant qui réagit aussi au jeu du pianiste. Celui-ci dialogue avec ce qu’il a écrit, perturbe le signal et crée des irisations presque visuelles, des mélodies fantômes imprévues, qui résonnent avec la morphogenèse du plasticien.

La première, enregistrée pour quatre trombones, chœur mixte et percussions, plonge dans un âge sombre avec des chœurs évoquant des rituels païens chantés en quechua, jusqu’à des arpèges lumineux comme un torrent arraché aux ténèbres. La seconde, enregistrée pour quatuor à cordes, traitées comme des ustensiles, ramène à une réalité presque quotidienne, mais kafkaïenne. Un moment d’une belle sensibilité et d’une grande intelligence.

ANNE-MARIE THOMAZEAU

Le concert s’est déroulé le 15 octobre à la galerie Zemma (Marseille). 
L’exposition de Roger Vilder continue jusqu’au 25 octobre.

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