mardi 7 février 2023
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Mathématique de chambre

Sergey Ostrovsky, Lise Berthaud et Alexis Perraud étaient sur la scène du Théâtre Armand à Salon-de-Provence, pour une performance chambriste de bonne facture

Le Festival International de Musique de Chambre de Provence fondé par Éric Le Sage, Paul Meyer et Emmanuel Pahud muse tout au long de l’année, semant quelques concerts en avant-goût de l’été. 

Le spectacle du dernier trimestre 2022 réunissait une formation chambriste de haut vol. Sergey Ostrovsky (qui remplaçait, archet levé, Pierre Fouchenneret souffrant), premier violon du quatuor Aviv et premier violon solo de l’Orchestre de la Suisse Romande. L’altiste Lise Berthaud, moult fois primée qui participe au projet d’intégrale de la musique de chambre de Johannes Brahms pour B Records avec Pierre Fouchenneret, François Salque et Éric Le Sage. Alexis Perraud enfin dont le jeune violon issu de la Haute école de musique de Genève-Neuchâtel a déjà été remarqué au sein du Nouvel Ensemble Contemporain. 

Le Giovanni Grancinno de 1716 de Sergey Ostrovsky frémissait de ses quatre cordes dans l’interprétation de la Chaconne pour violon seul de Jean-Sébastien Bach, mouvement final de sa Partita II BWV 1004 (1720) en ré mineur. Ce morceau d’anthologie, considéré par certains comme le sommet de l’art du violon au XVIIIe et sans doute l’une des pièces les plus difficiles à exécuter tant la sensibilité nécessaire à son interprétation doit être doublée d’une redoutable technique. Les soixante-trois variations du thème initial passent du mineur au majeur, un univers complet se déploie au point que cette Chaconne, reprise et réarrangée par maints musiciens venus de divers horizons, transporte l’auditoire par sa puissance et sa palette d’émotions. 

Un air de fête
La 2e suite pour alto solo du même Bach, initialement écrite pour violoncelle, transformait l’atmosphère de liberté installée par la Chaconne en multipliant ses interrogations inquiètes. Le doute qui habite les êtres humains, leur lutte sempiternelle face à un destin qui les accable mais ne les musèle pas, aboutissent à une méditation recueillie, jouée avec élégance par la soliste qui retrouvait le violoniste dans les Duos pour violon et alto KV 423 de Mozart. Vivacité, espièglerie, légèreté, danse populaire, tout prend un air de fête dans l’engouement de micro-saynètes au cours desquelles les deux instrumentistes rivalisent avec bonheur, un trait spirituel ici, une phrase mutine là, un parfum d’improvisation flotte sur cette composition que Mozart composa paraît-il en deux jours et deux nuits afin d’aider son ami Michel Haydn, frère de Joseph…

Comme un résumé des trois œuvres, venait le Terzetto en ut majeur pour deux violons et alto opus 74, B.148 de Dvořák. La composition rigoureuse, les alliances des lignes mélodiques et rythmiques aux contrepoints lyriques, la palette fine des émotions, la gaité enjouée, un brin de danse enlevée… Bach plus Mozart dans cette mathématique du programme se condensaient au creuset de la partition du maître tchèque qui tint la partie d’alto lors de la création de ce récit en quatre chapitres. La musique de chambre est décidément liée à Salon !

MARYVONNE COLOMBANI

Concert donné le 19 novembre au Théâtre Armand, Salon-de-Provence dans le cadre des Scènes intérieures
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