vendredi 27 janvier 2023
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Mémoire des salles obscures : le Modernissimo

 « Quel est le premier souvenir ? La première image ? La trace la plus ancienne de la mémoire ? La première image vient d’une salle, celle du Modernissimo, un cinéma souterrain, fermé depuis des années… j’ai quelque chose d’important à te montrer. J’ai besoin que tu saches qui je suis »

Une voix off, un escalier sombre qui nous amène dans un espace délabré. La voix, celle du narrateur, septuagénaire, s’adresse à son fils de quarante ans, qui vit en France et qu’il n’a pas vu depuis des années. Lui a toujours vécu dans cet immeuble, le premier de la ville construit en béton armé, inauguré en 1914 au cœur de Bologne, « la ville la plus fasciste et la plus anti fasciste d’Italie. » Très tôt, son père passionné par l’image, a pris en main une caméra et a filmé tout ce qu’il voyait défiler sous ses yeux ; la visite de Mussolini et la tentative d’attentat en 1926, l’entrée des alliés à la fin de la guerre, les scènes de la vie …Le narrateur, à 20 ans, se met aussi à filmer en 16mm, les manifestations communistes, celles de la gauche radicale, la violence des années de plomb, le drame de la gare de Bologne le 2 août 1980 qui a fait plus de 80 victimes, auquel ils ont échappé par miracle. Il nous parle du jour où il a vu Pasolini, son réalisateur préféré, qui tournait Edipo re et qu’il n’a pas osé aborder. Il évoque sa rencontre avec sa compagne, la mère de son fils, une Française qui supportant de moins en moins l’Italie finira par repartir en France, emmenant leur enfant qu’il ne reverra plus. Le Modernissimo, de plus en plus délabré, fermé en 2007, a rouvert quatre jours en novembre 2011, le temps d’une occupation par des étudiants qui voulaient un monde plus juste, souhaitant un cinéma pour leur ville, très vite évacués par la police. Aujourd’hui, la Cineteca di Bologna a décidé de restaurer et rouvrir ce cinéma.

Pour ce documentaire qui fait partie de la Collection Cinémas Mythique – Mémoire des salles obscures, Giuseppe Schillaci a consulté pendant deux ans plus de 300 heures de documents d’archives, rassemblant films de familles, extraits de films pour nous raconter à partir du cinéma, l’histoire de sa ville et de l’Italie. La voix d’Ermanno Cavazzoni nous emmène dans les souvenirs, sans doute imaginaires, d’un père qui écrit à son fils une lettre d’amour, un homme qui n’a pas su être père et qui pour se faire pardonner, lui donne rendez-vous au cinéma Modernissimo. Un appel à tous pour revenir dans les salles de cinéma peut-être…

ANNIE GAVA

Le documentaire de Giuseppe Schillaci a reçu le prix Art patrimoine et Cultures de la Méditerranée au Primed, festival de la Méditerranée en images organisé par le CMCA qui s’est tenu du 5 au 10 décembre.

Vous pouvez lire un article sur un autre cinéma mythique ici  

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