dimanche 25 septembre 2022
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Opéra de légende

Une distribution convaincante pour un opéra incontournable de Bellini. Retour sur la Norma donnée au Festival d’Aix-en-Provence

Il est des œuvres dont l’aura est telle qu’elles servent de pierre de touche à leurs interprètes, avec leurs passages attendus, leurs falaises à escalader, leurs traditions, leurs relectures. L’opéra en deux actes de Bellini, Norma, fait partie de ceux-là, avec son Casta Diva, surexploité dans la littérature publicitaire. Le livret de Felice Romani s’inspire de la tragédie d’Alexandre Soumet, Norma ou l’Infanticide, gardant la tentation de la jeune prêtresse de tuer les enfants qu’elle a eus de l’infidèle Pollione (proconsul romain de Gaule), sans la conduire à redevenir une Médée celte. Le père de Norma et chef des druides, Oroveso (Krzysztof Baczyk, basse), mène le soulèvement du peuple gaulois contre les occupants romains en s’appuyant sur les visions prophétiques de sa fille, grande prêtresse. Mais un triangle amoureux est formé : Pollione a aimé Norma dont il a eu deux enfants, mais lassé il s’est attaché à la jeune prêtresse Adalgisa. Dans la tragédie, le sujet de boulevard prend des dimensions terribles : à la clé, il s’agit du sort des peuples (les Gaulois finalement ne se soulèveront pas) et de la vie des êtres (la mort reste la seule réponse face aux passions torturées). Tentée de tuer dans un geste de désespoir et de folie ses enfants, Norma renonce, avoue publiquement sa faute et montera au bûcher avec Pollione revenu à ses sentiments premiers.

« Norma » de Vincenzo Bellini (1801-1835), opéra en version concert, le lundi 18 juillet 2022 au Grand Théâtre de Provence. Avec : Norma, Karine Deshayes. Pollione, Michael Spyres. Adalgisa, Amina Edris. Oroveso, Krzysztof Bączyk. Flavio, Julien Henric. Clotilde, Marianne Croux. Orchestre, Ensemble Resonanz. Direction musicale, Riccardo Minasi. Chœur Pygmalion. Chef de chœur, Lionel Sow. Festival d’Aix-en-en-Provence.

Exigeante partition

Prise de rôle réussie par Karine Deshayes du personnage titre dans sa version originelle (qui avait été vite transposée d’un demi-ton, car trop aigue pour Giuditta Pasta qui créa le rôle), avec un métier impressionnant qui triomphe de tous les pièges de l’exigeante partition, avec une belle présence scénique, même pour cette version de concert au cours de laquelle les entrées et sorties des chanteurs du chœur Pygmalion ainsi que celles des différents personnages correspondent au temps de leur partie, ce qui ajoute à la dramatisation de l’action. À la tête de l’Ensemble Resonanz, Riccardo Minasi dirige avec fougue, n’hésite pas à modifier certains tempi, soulignant les tensions de cette tragédie lyrique. L’architecture de la pièce est creusée, sculptée à vif, tient le spectateur en haleine qui a lu avec intérêt les réflexions du chef mêlées à celles du critique Maurizio Biondi juste avant la représentation. Les rôles des confidents Flavio (Julien Henric) et Clotilde (Marianne Croux) prennent un intéressant relief. Amina Edris campe une Adalgisa soprano d’une émouvante simplicité, à la fraîcheur délicate, dont le timbre se marie, complice, à celui maternel de Karine Deshayes qui incarne une superbe Norma. Quelle que soit le caractère ardu des airs, récitatifs, déclamations, écarts vertigineux, pianissimi délicats, forte épanouis, variations acrobatiques, dont on oublie les difficultés tant l’intention, le discours, transportent. Le baryténor Michael Spyres (Pollione) trouve une place convaincante aux côtés de Norma tandis que Krzysztof Baczyk nimbe son rôle sévère d’une inattendue douceur face à sa fille. C’est très beau.

MARYVONNE COLOMBANI

Norma a été donnée au Grand Théâtre de Provence le 18 juillet, dans le cadre du Festival d’Aix-en-Provence.

L’opéra sera diffusé sur France Musique le samedi 3 septembre à 20 heures.

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